jeudi 10 mai 2018

Pourquoi la flûte à bec : les arguments (4)

4. Une flûte à bec, c’est beau ♥

Mis à part les innovations dédiées au répertoire contemporain (encore qu’on puisse certainement jouer d’autres styles de musique avec) et sur lesquelles je reviendrai probablement dans un prochain article, les flûtes à bec sont des copies d’instruments anciens, en bois (généralement, mais il y a aussi eu des flûtes en ivoire – en morceaux d’éléphants morts, donc – et même si on remonte plus loin, en os ou je ne sais quoi d’autre).

Je ne parle donc pas ici des flûtes en plastique, qui ont leur intérêt et dont certaines ont même un joli son, mais bien des flûtes en bois. Le bois, non seulement c’est beau, mais c’est agréable au toucher et la sensation qu’on éprouve quand on souffle dedans est très… personnelle. Elle dépend vraiment du couple flûte/flûtiste. On m’objectera peut-être que c’est le cas pour d’autres instruments, mais la particularité de la flûte à bec tient aussi à son embouchure avec laquelle on a un contact franc et direct, contrairement aux instruments à anche double comme le hautbois, ou à ceux qu’on n’ « embouche » pas comme la flûte traversière ou la trompette. De plus le bec de la flûte à bec fait vraiment partie de l’instrument, c’est sa continuité, faite dans le même bois, il n’y a pas d’ « intermédiaire » entre le flûtiste et son instrument (sauf pour les "grands" instruments qui peuvent parfois avoir une embouchure sous forme de tuyau permettant quand même d'atteindre les trous).

Les flûtes à bec en bois actuelles sont donc inspirées d’instruments anciens conservés dans les musées et de l’iconographie disponible (on a retrouvé très peu de flûtes de la période médiévale par exemple). Les flûtes médiévales et renaissance ont une forme assez différente des flûtes baroques et leur sonorité n’est pas la même.

Pour voir et écouter des flûtes d’inspiration médiévale :
http://www.flute-a-bec.com/medieval.html

Pour voir et écouter des flûtes type Renaissance :
http://www.flute-a-bec.com/prebar.html








Pour voir et écouter des flûtes baroques :
http://www.flute-a-bec.com/baroque.html







Si vous voulez voir des vraies flûtes anciennes, il y en a une très belle collection à la Cité de la Musique à Paris. Il y a même parfois des petits « concerts » à l’intérieur même du musée (donc accessibles gratuitement avec le billet d’entrée au musée) joués sur certains instruments des collections. J’ai eu l’occasion d’écouter une de ces démonstrations (avec plein d’explications super intéressantes à l’appui) sur les flûtes colonnes (tiens, voilà encore un autre article à écrire).

Les flûtes colonnes de la Cité de la Musique à Paris


Sur le même thème : les arguments (1)
                                 les arguments (2)
                                 les arguments (3)
                                 les arguments (5)

mardi 8 mai 2018

Soyons (complètement) fous !

Sur ma partition de La Follia de Corelli, l'arrangement est signé Hans-Martin Linde, compositeur allemand né en 1930, ayant largement contribué au renouveau de la flûte à bec, dont la pièce la plus connue – en tous cas des flûtistes à bec - est peut-être Music for a Bird.

Ayant tapé Linde + Follia sur Youtube, j’ai découvert cette création : Una Follia Nouva d'Hans-Martin. Je vous laisse apprécier par vous-mêmes.



Pour illustrer ce que je disais ici, on voit bien la flûtiste boucher la flûte avec la jambe pour obtenir certaines notes bien au-dessus de la portée.

lundi 7 mai 2018

Pourquoi la flûte à bec : les arguments (3)

3. On peut tout jouer à la flûte à bec

C'est-à-dire, tous les répertoires même ceux qui ne sont pas initialement prévus pour (moyennant parfois quelques adaptations).

Stricto sensu, le répertoire de la flûte à bec s’étend du Moyen-âge (et même de l’Antiquité, mais on n’en a quasiment pas de trace) jusqu’à demain, avec un trou de deux siècles à partir de 1750 pour reprendre à la seconde moitié du XXe siècle. On parle ici de musique écrite (ou transposée) POUR la flûte à bec.

Cependant, rien n’interdit de jouer de la musique classique à la flûte à bec (c’est d’ailleurs ce que je fais moi-même au sein du petit orchestre de mon petit conservatoire).

C’est aussi un instrument particulièrement adapté aux musiques traditionnelles en tous genres, à commencer par la musique celtique mais aussi toutes les musiques traditionnelles de l’Europe de l’Est, d’Amérique du Sud, etc…

On peut aussi jouer du jazz et toutes les musiques « modernes » y compris le disco (c’est d’ailleurs ce que je fais moi-même au sein du petit orchestre de mon petit conservatoire) (Abba oui alors). Bon c’est sûr que quand on joue avec des percus et des guitares électriques, on peut avoir intérêt à être amplifié (ou à jouer très fort) (donc faux).

La seule chose qu’on ne peut pas jouer, c’est la musique militaire à supposer qu’on en ait envie. D’abord, c’est très difficile de jouer de la flûte à bec en extérieur pour des raisons atmosphériques, ensuite on serait complètement écrasé par cette armée (ah ah) de cuivres tonitruants (et pour avoir joué – de la flûte à bec – au sein d’une harmonie avec trompettes, trombones, tubas et saxophones, je sais de quoi je parle).

Sur le même thème : les arguments (1)
                                 les arguments (2)
                                 les arguments (4)
                                 les arguments (5)

samedi 5 mai 2018

Soyons fous !

Il y a quelques années (disons… environ 7 ans), toute la joyeuse bande de flûtistes à bec de 2e cycle de l’antenne locale du conservatoire que je fréquentais alors s'attaquait à La Follia de Corelli, avec un nombre de variations proportionnel aux années de pratique. Étant donné qu’il s’agit d’un tube incontournable pour la flûte à bec et la musique occidentale en général, je ne prétendrai pas vous le faire découvrir mais peut-être re-découvrir.
Bon, je vous le dis franchement, on s'attaque à quelque chose de fourni, et on pourrait passer pas mal d'heures à écouter la foultitude de versions de ce tube qui déchire tout depuis le XVe siècle (je ne sais pas combien j'en ai écoutées pour écrire cet article mais je frôle un peu l'indigestion).

Ce thème archi-connu, l'un des plus anciens thèmes musicaux européens, aurait donc fait son apparition pour la première fois au Portugal au XVe siècle, la 
Folia étant alors une danse populaire bruyante et rapide. Cette musique de folie connaît ensuite un grand succès en Espagne, pour essaimer au cours des deux siècles suivants dans toute l'Europe sous le nom de Folies d'Espagne, sous une forme beaucoup moins effrénée.

C'est Lully qui les fait connaître en France vers 1670, initiant un engouement qui ne se démentira pas au fil des siècles. Un nombre incroyable de compositeurs, célébrissimes ou plus obscurs, vont s'y coller, soit sous formes de variations directement sur un thème bien stabilisé, soit s'en inspirant : Lully, François Couperin, Corelli, Marin Marais, Scarlatti, Vivaldi, Bach (Jean-Seb), Haendel, Carl Philip Emanuel Bach, Salieri, Paganini, Liszt, Rachmaninov... la liste est loin d'être exhaustive (il y en a au moins 150 !), et ça continue encore de nos jours !
Comme je suis gentille (si si), je vous en ai choisi un "petit échantillon" (pas si petit que ça d'ailleurs, c'est vraiment difficile de faire une sélection), pas forcément des plus connues. Vous pourrez toujours aller écouter les autres sur Youtube (rendez-vous ici dans un an ou deux).

Tout d'abord, puisque c'est celle dont je parlais en début d’article, voici l'interprétation que fait notre vieil ami Frans Brüggen de La Follia version Corelli (1653-1713) : léger, délicat, virevoltant et... virtuose.



D'autres variations pour la flûte à bec, de Paolo Benedetto Bellinzani (1619-1684) :


Une dernière version pour flûte à bec : celle de Tomaso Antonio Vitali (1663-1745), qui fait son intéressant en n'exposant le thème qu'après plusieurs variations (je ne vous dis pas quand, eh oh, où serait la surprise ?).

A tout seigneur tout honneur, écoutons maintenant ce qu'en a fait Giovanni Battista Lulli (1632-1687) (un peu pompeux, mais bon, c'est du Lully, on l'aime bien quand même) :


J'ai un faible pour la version de Michel Farinel (1649-1726) (et non, je ne suis pas une monomaniaque absolue de la flûte à bec) :



On ne peut quand même pas se priver de Marin Marais (1656-1728) (ni de Jordi Savall) ! 



Francesco Petrini (1744-1819), pour la harpe :

Pour les contemporains, j'ai choisi Gregorio Paniagua (né en 1944), sur instruments anciens :


Enfin, par curiosité, Karl Jenkins (né lui aussi en 1944), variations pour marimba et orchestre (les cordes sont vraiment trèèèès sirupeuses) (et c'est une spécialiste de la guimauve qui vous parle) :


Il paraît que le thème a aussi été utilisé par Vangelis pour la musique du film 1492 (Conquest of the Paradise), mais là mon oreille me lâche (la traîtresse) et j'avoue humblement que je ne parviens pas à reconnaître quoi que ce soit.


Quelques unes des vidéos présentées ci-dessus ont été mises sur youtube par Le Lutin d'Écouves, qui a réalisé un impressionnant travail sur la Folia : ici.

Pourquoi la flûte à bec : les arguments (2)

2. La flûte à bec est facile à transporter

J’ai déjà raconté que j’avais un ami qui se baladait partout avec son sac de flûtes, qu’il n’hésitait jamais à sortir pour nous régaler de quelques morceaux, et j’avais trouvé ça vraiment sympa (il faut dire qu’il était très doué, ce qui n’est pas mon cas, et j’ai pour ma part un peu de mal à jouer comme ça en solo devant des amis) (de toutes façons personne ne me le demande jamais).

Toujours est-il qu’on peut facilement partir en vacances avec son instrument, prendre le train, le métro, l’avion, les baskets et le sac à dos sans souci, ce qui n’est pas forcément le cas avec tous les instruments (contrebasse, harpe, piano, orgue…). Ça m’embêterait d’avoir un instrument dont je ne peux jouer que chez moi. On peut aussi jouer dans toutes les pièces de la maison et même dans le jardin, en forêt, à la piscine, tout en haut de la montagne…

Ceci dit, il y a quand même des flûtes plus encombrantes que d’autres.

http://www.adrianabreukink.com/recorders.php

Sur le même thème : les arguments (1)
                                 les arguments (3)
                                 les arguments (4)
                                 les arguments (5)

vendredi 4 mai 2018

Mystérieuses barricades

Le répertoire de la fûte à bec s’étend depuis le Moyen-âge jusqu’à la fin de l’époque baroque, où elle a honteusement été remplacée par la flûte traversière, plus puissante, plus brillante.
Elle a heureusement été redécouverte au XXe siècle d’abord en tant qu’instrument, puis par des compositeurs qui lui ont redonné vie en lui faisant faire un peu n’importe quoi donnant de nouveaux modes d’expression parfois très audacieux pour une vieille dame.

Autant dire clairement que je ne suis pas sensible à tous les sons qu’on peut extirper de toutes les manières possibles de cet instrument. J’ai besoin que ça soit quand même un minimum mélodique, bien que ça puisse parfois être amusant à jouer (mais pas forcément à entendre, les deux n’étant pas nécessairement liés).

Parmi les pièces contemporaines que j’aime beaucoup, je vous présente aujourd’hui Les Barricades, composée en 1989 par Matthias Maute, flûtiste à bec et compositeur allemand né en 1963. Il est aussi le directeur artistique de l’ensemble Caprice, dont vous pouvez aller écouter quelques extraits de cédés ici.

Je vous laisse écouter et on en reparle après :


Assez prenant, n’est-ce pas ?

Mais pourquoi ce titre, Les Barricades ?

L’origine en est un rondeau pour clavecin composé par François Couperin en 1717, « Les Baricades Mistérieuses ». Couperin avait pour habitude de donner des titres énigmatiques et poétiques à ses pièces (comme « Les coucous bénévoles », « Les Trésorières Surannées »,…) qui font peut-être référence à des jeux de mots courants à son époque. Le terme « barricades » pourrait être une métaphore évoquant les cils des dames ou même leurs corsets, ou bien une référence à la forme musicale de la pièce dont les mains gauche et droite, au vu de la partition, forment des enchevêtrements faisant penser à une barricade. On n’est sûr de rien cependant et les hypothèses sont nombreuses…

Écoutons donc l’interprétation qu’en fait György Cziffra (j’ai choisi une version piano plutôt que clavecin, que je trouve finalement moins agréable) :



Cette pièce a inspiré de nombreux musiciens contemporains, tout au moins par son titre qui a également été utilisé par plusieurs poètes, écrivains et même peintres.


The Mysterious Barricades de René Magritte (1961)

Mysterious Barricades de William Andrews (2003)