dimanche 17 juin 2018

Merci !

Je tiens à tous vous remercier, chers visiteurs commentateurs et anonymes, car grâce à vous on peut maintenant trouver ce blog en tapant "blog flûte à bec" sur Gougueul, en page 3 ce qui est déjà très bien. Je pense qu'il ne manquera pas de remonter dans la liste grâce à vos bons offices 😍

Vous êtes : français, belges, canadiens, allemands, nord-américains (et de manière anecdotique et sans doute tout à fait fortuite : péruvien, norvégien, polonais et turc).

La musique de Barbe-Bleue (2)

Foin de conjectures à présent, intéressons-nous à la musique composée de façon certaine par Henry VIII

Henry a vécu entre la fin du XVe et le début du XVIe siècles, c'est à dire à cheval (au sens propre aussi, d'ailleurs) entre le Moyen-Âge et la Renaissance, et donc entre idéaux de chevalerie et d'humanisme, la musique étant un lien parfait entre les deux, de l'amour courtois aux humanités.

Peu après sa mort, vers le milieu du XVIe siècle, la majeure partie des partitions de la musique instrumentale anglaise, conservée dans des manuscrits collectifs avec la musique vocale catholique désormais interdite, fut détruite. Il ne nous en reste donc que très peu, mais en particulier le "Manuscrit d'Henry VIII", conservé à la British Library de Londres, ainsi que l'inventaire de son immense collection d'instruments (76 flûtes à bec !). On y trouve 33 des 34 œuvres attribuées à Henry VIII, ainsi que des pièces anonymes ou de compositeurs hollandais, français et anglais.

Fervent musicien lui-même dans ses années de jeunesse, Henry eut par la suite pas mal de soucis à gérer du fait de son job, mais il conserva cependant toujours son intérêt pour la musique et en particulier pour la flûte à bec.

Imaginons-nous pour un instant à la cour d'Henry en oyant ces quelques courtes pièces à l'ambiance très évocatrice.

Consort XIII


If love now reynyd :


Ces enregistrements ainsi que le suivant sont extraits du cédé "Pastyme with Good Companye, Music at the court of Henry VIII" de l'ensemble Dreiklang Berlin, qui fait partie de mes cédés préférés.

Pour finir, un autre tube, paroles et musique d'Henry, composé peu après son couronnement : "Pastyme with Good Companye", ou "The King's Ballad", revisité jusqu'à nos jours bien que dans une moindre mesure que Greensleeves, et qui donne son nom au cédé.



Une version vocale :


Pour passer le temps,
Chasser, chanter, danser ;
Mon cœur est ouvert ,
Pour mon agrément,
Aux meilleurs divertissements ;
Qui me l’autorisera ?

La jeunesse doit quelque peu badiner,
Avoir du bien et du mal de l’expérience ;
Rien de meilleur dès lors que la compagnie,
Pour dissiper toute pensée, toute fantaisie,
Car la paresse de tout vice
Est la mère
Qui peut donc prétendre
Que rire et plaisir
Valent plus que tout ?

La compagnie en toute honnêteté est vertu,
Tout vice appellera refus ;
La compagnie est bonne et mauvaise chose à la fois,
Mais tout homme en a le libre choix,
Poursuivre le meilleur,
Fuir le pire,
Tel sera mon dessein ;
Cultiver la vertu,
Refuser le vice,
Ainsi me comporterai-je.

Et enfin une version (presque) contemporaine (contemporaine de Léone, en tous cas), celle de Jethro Tull, groupe de rock des années 60, qui sonne un peu folk et qui est je trouve, une belle réinterprétation :


samedi 9 juin 2018

Chut la flûte...

Quand on a une vie professionnelle et familiale déjà bien remplie, il est parfois difficile de travailler son instrument dans des créneaux horaires où ça ne dérange pas les voisins, ni sa propre famille d'ailleurs. Tout le monde ne dispose pas d'un salon de musique parfaitement isolé, ni d'un cabanon au fond du jardin, voire d'un souterrain. 
Je ne dis pas ça par hasard : lorsque que je m'étais mise - brièvement - au hautbois, j'habitais un mas à flanc de coteau muni d'un bout de souterrain muré et j'allais y jouer pour éviter de faire hurler à la mort mon chien et celui des voisins. J'ai quand même moins de problèmes avec la flûte à bec, en tous cas concernant le chien (tout au moins jusqu'au mi aigu - pour le fa et le sol aigus, c'est une autre affaire mais ça ne va pas jusqu'au hurlement, à peine un regard en coin réprobateur).

Donc, si comme de nombreux flûtistes à bec, vous disposez d'un logement avec des gens dedans, au-dessus, en dessous ou à côté, vous risquez parfois de passer une semaine entière sans pouvoir travailler vos morceaux et là, arrivé le jour de votre cours, c'est la cata.

Il y a bien sûr la possibilité de jouer en muet pour s'exercer les doigts : on pose la flûte au bord des lèvres (pour la tenir), mais on ne souffle pas. C'est très utile, mais trop restrictif par rapport au jeu réel. Il y a une meilleure solution : le petit bout de papier.


On découpe un petit morceau de papier de la largeur du biseau et on l'introduit dedans. Une simple épaisseur suffit, et d'ailleurs c'est mieux car ça ne bloque pas complètement le souffle (sinon on s'étouffe), seulement le son mais on arrive encore à distinguer les notes - ce qui est encore mieux que de jouer en muet. On peut jouer presque normalement, évidemment sans travailler le son mais pour ça, il aurait fallu s'y prendre avant 22 heures.

La musique de Barbe-Bleue (1)

Après les Folies d'Espagne que nous avons assez entendues, intéressons-nous aujourd'hui à un autre tube intemporel : Greensleeves.
Rafraîchissons-nous tout d'abord un peu la mémoire grâce à l'interprétation que nous en fait l'ensemble Dreiklang Berlin :


Henri VIII jeune
La paternité de ce thème archi-connu est attribuée de façon incertaine à un personnage assez... paradoxal : Henry VIII d'Angleterre, le roi aux six femmes dont deux ont été décapitées sur son ordre (Anne Boleyn et Catherine Howard), deux ont été répudiées (Catherine d'Aragon et Anne de Clèves) et deux sont mortes en couches (Jeanne Seymour et Catherine Parr, mais pour cette dernière il n'y est probablement pour rien, étant déjà mort lui-même depuis un an).
C'est Henry VIII (1491 - 1547) qui aurait inspiré le personnage de Barbe-Bleue à Charles Perrault.

Notre ami, cruel et jaloux, avait donc une fâcheuse tendance à faire décapiter les gens, mais il avait néanmoins des aspects plus sympathiques. N'étant pas au départ censé régner car il avait un frère aîné (Arthur, mais il est mort), il était destiné à l'Église (catholique, à l'époque - ce n'est que plus tard que Henry fera basculer l'Angleterre vers l'anglicanisme, c'est la faute au pape qui lui a refusé le divorce avec Catherine d'Aragon) et c'est pourquoi il reçut une éducation musicale.

Anne Boleyn
Lorsqu'il monta sur le trône en 1509, la musique prit une place très importante à la cour. Vers 1547, Henry VIII y avait rassemblé environ cinquante-huit musiciens.  Il éprouvait lui-même beaucoup de plaisir à chanter et à jouer de la musique, il jouait de l'orgue, du luth et de l'épinette (comme quoi, personne n'est complètement mauvais). Trente-quatre de ses compositions sont parvenues jusqu'à nous.
C'est donc peut-être lui qui aurait composé Greensleeves en l'honneur d'Anne Boleyn (qui serait donc cette "Dame aux manches vertes" ?), mais on n'en a pas la preuve.


Écoutons une autre version, à la flûte à bec toujours, mais très différente de la précédente (dans un style moins Renaissance). L'interprète ne nous est pas inconnu puisqu'il s'agit de Hans-Martin Linde.



Retrouvons Jordi Savall à la viole de gambe, avec un ground (= basse obstinée ou ostinato)  au théorbe :


Il y a des tonnes de versions instrumentales et également vocales, comme celles de Marianne Faithfull, Loreena Mc Kennitt, Alfred Deller, ou Patricia Petibon.

Pour en finir avec Greensleeves (on pourrait y passer des heures), j'ajouterai que ce thème a été mis à pas mal de sauces et utilisé par pas mal de monde, en particulier... l'aviez-vous reconnu ?


Notre bon roi Henry a aussi composé (de façon certaine cette fois) d'autres jolies musiques, dont je vous parlerai dans un prochain épisode.

(pour les paroles de Greensleeves, c'est - entre autres - ici)

vendredi 8 juin 2018

Mon séchoir à flûtes

Comme tous les musiciens à vent, le flûtiste à bec bave dans son instrument. Le problème, c'est que dans une flûte à bec ça ne coule pas (ce qui évite de marcher dans les flaques en quittant l'orchestre comme avec les cuivres), ça pénètre le bois qu'il faut donc faire sécher car sinon il s'abîme et peut même moisir (j'ai testé pour vous). Il faut donc après usage essuyer scrupuleusement l'intérieur de la chose, mais ça ne suffit pas : il faut finir de faire sécher à l'air avant de ranger.

Support pliable Boudreau

Il est assez facile de fabriquer soi-même un support en bois, et il en existe même des tout faits dans le commerce, parfois même pliables pour le transport (ça peut être pratique en concert si on utilise plusieurs flûtes), par contre ce n'est pas donné.



J'utilise pour ma part un sèche-biberons trouvé il y a des années sur un vide-grenier pour même pas un euro. Il est moche, mais j'évite juste de le mettre en exposition dans mon salon.


En plus de ne pas m'avoir coûté cher, il est démontable et on peut changer les tiges de place, voire même en rajouter si ça ne suffit pas (j'utilise des baguettes chinoises, ça rentre pile dans les trous).

Par contre ça va bien pour les tailles soprano-alto, mais le jour où je ferai l'acquisition d'une ténor et/ou d'une basse en bois, il faudra que j'upgrade mon équipement 😉