mercredi 23 mai 2018

Les sirènes s'amusent

Vous a-t-on déjà reproché de ne pas avoir l'air de vous amuser en jouant de la flûte à bec ? Prenez-donc exemple sur les flûtistes déjantées du quatuor Sirena ! 

Un petit aperçu de leur répertoire :


Ce quatuor féminin suédo-danois a été fondé en 1993. Il est composé de Karina Agerbo, Marit Ernst Bock, Pia Brinch Jensen et Pia Loman.
Il interprète des pièces du répertoire ancien et contemporain, et se produit en Scandinavie, en Allemagne et au Royaume-Uni.



On peut trouver qu’elles en font des caisses, mais elles dégagent une belle énergie et leurs concerts sont certainement de vrais spectacles auxquels j'aimerais bien assister (et franchement, réussir à jouer en bougeant autant, bravo !)





lundi 21 mai 2018

Arvo Pärt

Je ne suis pas forcément fan de musique contemporaine, bien qu’appréciant certains compositeurs ou compositions qui me plaisent ou parfois m’amusent, soit à entendre soit à jouer, parfois les deux.
Mais un compositeur contemporain touche et émeut profondément quelque chose en moi : Arvo Pärt.

Je l’ai découvert il y a quelques années avec une pièce jouée en ensemble de quatre flûtes à bec SATB (*), Pari Intervallo, que je vous laisse écouter avant toute chose.


Sur cette toile de fond empreinte de sérénité et d’une sorte d’abandon, s’élève la voix de soprano comme une note d’espoir et de confiance venue de l’au-delà...

Cet enregistrement est extrait de l’album Spektren du quatuor Quartetto con Affetto, dont je vous reparlerai certainement car il figure au nombre de mes cédés préférés.


Arvo Pärt est né le 11 septembre 1935 à Paide, en Estonie. Il est souvent associé au mouvement de musique minimaliste qui s'est formé à partir des années 1960.

Enfant, il suit des cours de musique après l'école et apprend les bases du piano et de la théorie musicale. À la maison, il ne dispose que d'un vieux piano à queue dont seuls les registres extrêmes peuvent être joués convenablement, ce qui le pousse à l'expérimentation et à inventer ses propres œuvres.

Il entre ensuite à l'École secondaire de musique, apprentissage interrompu au bout de quelques mois par le service militaire obligatoire au cours duquel il joue de la caisse claire et du hautbois dans la fanfare. Il retourne à l'École secondaire de musique de Tallinn où il assimile facilement toute idée nouvelle (dont le dodécaphonisme), particulièrement le peu de musique occidentale qu'il peut entendre. Il fait déjà preuve d'un talent évident et naturel pour la composition ; un de ses compagnons d'étude déclare même qu'il « semblait secouer sa manche et des notes en tombaient ».

Opéra national d'Estonie
(src: Philarmonie de Paris)
Il entre ensuite au conservatoire de Tallinn. Parallèlement, il occupe de 1958 à 1967 un emploi d'ingénieur du son à la radio estonienne.
En 1962, l'une de ses compositions écrite pour chœur d'enfants et orchestre, Notre jardin (1959), le fait connaître dans toute l'Union soviétique et lui permet de remporter le Premier Prix des jeunes compositeurs de l'URSS. À cette époque, il compose de la musique pour le théâtre, et reçoit également de nombreuses commandes de musiques de film. Quand il sort diplômé du conservatoire de Tallinn en 1963, sa carrière professionnelle de compositeur est déjà bien amorcée.

Après une période sérielle jusqu'en 1968, et une période transitoire (troisième symphonie), mais aussi de doute et de stérilité artistique, s'ouvre en 1976 une période inspirée par son étude du plain-chant grégorien et des compositeurs médiévaux français et flamands. Il appelle cette technique tintinnabuli et la définit ainsi :

Ici je suis seul avec le silence. J'ai découvert qu'il est suffisant quand une note simple est admirablement jouée. Cette note, ou un battement silencieux, ou un moment de silence, me soulagent. Je travaille avec très peu d'éléments - d'une seule voix, avec deux voix. Je construis avec les matériaux les plus primitifs - avec la triade, avec une tonalité spécifique. Les trois notes de la triade sont comme des cloches. Et c' est pourquoi je l'appelle tintinnabuli.

L'année suivante, il écrit dans ce nouveau style trois de ses pièces les plus importantes et reconnues : Fratres, Cantus in Memoriam Benjamin Britten et Tabula rasa.


En 1980, accompagné de sa famille, il quitte son pays - il est en proie à la censure - pour Vienne, puis pour Berlin-Ouest. Il revient ensuite en Estonie et vit désormais à Tallinn.

La musique d’Arvo Pärt se caractérise par une écriture minimaliste, une musique épurée qui donne une impression de simplicité.
Le premier élément est l'utilisation de rythmes simples tels que « noire, blanche, noire, blanche » ou « blanche, noire, blanche, noire ». Le second élément est le fameux style tintinnabuli. Cette écriture s'inspire du son de la clochette, lorsqu'un instrument - quel qu'il soit - articule son jeu entre trois notes principales, celle de l'accord parfait d'une gamme. Cette simplicité se retrouve également dans l'utilisation de notes récurrentes et d'une certaine stabilité de la gamme. Arvo Pärt n'utilise pratiquement jamais de modulations.

Je pourrais comparer ma musique à une lumière blanche dans laquelle sont contenues toutes les lumières. Seul un prisme peut dissocier ces couleurs et les rendre visibles : ce prisme pourrait être l'esprit de l'auditeur - Arvo Pärt.


« Il y a dans la musique de Pärt une présence mystérieuse qui vient se déposer dans l’âme de celui qui écoute, une rencontre entre l’infiniment grand que ces nappes sonores étirées viennent symboliser et notre humanité marquée par la finitude que figurent ces notes qui se répètent dans des séquences toutes simples ». (François Huguenin)

(*) Soprano - Alto - Ténor - Basse

vendredi 18 mai 2018

Shakuhachi

Il y a quelques années, je reçus à travailler une partition pour flûte ténor appelée "Sankai Melody", sur laquelle était mentionnée : "This piece is to be played 'Shakuhachi' style.


Le shakuhachi est une flûte traditionnelle japonaise en bambou, venue de Chine aux environs du 6e siècle. Elle était utilisée comme simple instrument de musique jusqu'au 9e siècle, où elle fût retirée des orchestres suite à une réforme de la musique.
Le shakuhachi fut réintroduit au 13e siècle, cette fois comme instrument religieux, par l'ordre bouddhiste Fuke.

Le nom "shakuhachi" provient de la taille de l'instrument (1,8 pieds) : "shaku" vaut un pied japonais (soit 30,3 cm) et "hachi", huit dixièmes de pied, ce qui donne en tout environ 55 cm (10 cm de moins à peu près qu'une flûte ténor).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Shakuhachi

Le shakuhachi est taillé dans une tige de bambou dont l'intérieur est laqué, et présente 5 trous dont un à l'arrière. C'est un instrument pentatonique (= 5 notes), sans demi-tons.

L’embouchure du 
shakuhachi présente un bord biseauté, permettant au joueur de contrôler très finement la hauteur du son, en un mouvement d’abaissement ou de montée de l’instrument, par rapport à l’axe des lèvres.

Il existe plusieurs écoles pour le style de jeu.

J'ai écouté plusieurs vidéos, mais je trouve celle ci-dessous tellement belle que je n'ai pas envie d'en mettre d'autre...

fr.wikipedia.org/wiki/Komus%C5%8D

La musique est jouée par un Komusō  (moine mendiant et itinérant de l'école Fuke du bouddhisme zen, pendant la période d'Edo entre 1600 et 1868) (mais celui-là est sans doute beaucoup moins vieux).

Le 
Komusō était caractérisé par un panier de paille (en jonc ou en roseau, appelé tengai) porté sur la tête, manifestant l'absence d'ego spécifique en masquant son identité. On peut d'ailleurs traduire Komusō par "prêtre du non-être", ou "moine de la vacuité".



Je trouve très beau sur la vidéo le contraste entre la musique au premier plan et le vacarme de cette rue d'une grande ville, qu'on ne fait presque que deviner.

"Ma vie est apparue comme la rosée
Et disparaît comme la rosée"
Toyotomi Hideyoshi, 16e s.

Les Komusō étaient donc aussi connus pour leurs morceaux solo de shakuhachi. Ces pièces, appelées honkyoku ("pièces originales") étaient jouées pendant une pratique méditative appelée suizen, pour l'aumône, comme méthode pour atteindre l'illumination, et comme procédé de guérison.

Après la période Edo, le gouvernement japonais introduisit des réformes, abolissant la secte Fuke. Le répertoire musical a survécu, et a été rejoué au XXe siècle.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Shakuhachi


C'est évidemment très différent de souffler dans une flûte à bec "façon shakuhachi" et dans un vrai shakuhachi, en particulier, l'ouverture de ce dernier étant beaucoup plus large, j'imagine qu'il est plus difficile de diriger précisément le souffle 
(comme dans une bouteille de lait vide, qu'ils disent, euh, je fais jamais ça moi d'habitude ?!?). 
Cependant le résultat est vraiment sympa et donne un style très oriental.



La deuxième vidéo est en anglais, vous n'êtes pas obligé(e)s de tout écouter, c'est seulement pour voir à quoi ressemble une partition pour shakuhachi (au Japon, la façon de noter la musique n'est pas unique comme chez nous, mais dépend de l'instrument).


La partition se lit de droite à gauche et de haut en bas. Les caractères indiquent les notes, mais aussi les respirations et les tempi.

mardi 15 mai 2018

Aux origines de cette folie

Je conçois que cela puisse commencer à ressembler à une obsession, mais il faut dire que le sujet est encore loin d'être épuisé (contrairement à une pitoyable flûtiste de ma connaissance). Et ne vous plaignez pas, j'aurais pu me passionner pour l'opéra contemporain.

Je vais donc aujourd'hui vous parler de Rodrigo Martinez. Lequel n'est pas un joueur de foot sud-américain (ou alors peut-être, le patronyme étant vraisemblablement plutôt répandu, mais à mon insu) (après vérification, Rodrigo Martinez est bien un footballeur urugayen, mais ce n'est pas de celui-là dont il est question dans cet article).
  
Comme je vous le disais ici, le thème de La Folia aurait fait son apparition au Portugal au XVe siècle. On en trouve mention pour la première fois dans divers documents portugais de la fin du XVe siècle, entre autres dans les pièces du créateur du théâtre de la Renaissance au Portugal, Gil Vicente, dans lesquelles elle est associée à des personnages populaires, bergers ou paysans en général, occupés à danser et à chanter avec énergie (d'où son nom de "Folia" qui signifie à la fois "amusement débridé" et "folie" en portugais). En outre, les chroniques portugaises de l'époque font constamment référence à des groupes de paysans priés de venir danser la Folia dans les châteaux de la haute noblesse à l'occasion de fêtes et d'évènements tels que mariages et naissances.

On en trouve une variante primitive dans la chanson de berger "Rodrigo Martinez", du Cancionero de Palacio, qui est un recueil de plus de quatre cents chansons espagnoles, datant des années 1474-1516 et qui représente une abondante source de ce qui s'entendait au début du XVIe siècle à la Cour des «Rois Catholiques» d'Espagne, Isabelle Ière de Castille et Ferdinand II d'Aragon.



J'ai failli vous dispenser de l'écoute de la version chantée, et puis finalement, non, y a pas de raison, tout le monde doit y avoir droit. Enjoy !


Rodrigo Martinez
les oies, hé !
pensant que c'étaient des vaches,
il les sifflait. Hé !

Rodrigo Martinez,
si beau garçon,
tes oisons,
le fleuve les emporte.
Ohé !
Pensant que c'étaient des vaches,
il les sifflait. Hé !

Rodrigo Martinez,
si vigoureux,
tes oisons,
le pré les emporte.
Ohé !
Pensant que c'étaient des vaches,
il les sifflait. Hé !

dimanche 13 mai 2018

Les flûtes de Léone

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Je vais aujourd'hui vous présenter ma petite troupe, qui au fil des années commence à ressembler à une famille nombreuse, même si quelques représentants brillent par leur absence mais mon budget n'est pas extensible.

Je vais vous les présenter dans l'ordre chronologique (approximatif, ma mémoire pouvant me jouer des tours) de leur arrivée dans mon foyer.

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Tout d'abord, à une année d'intervalle, Madame et Mademoiselle Alto et Soprano Yamaha. 

Madame Alto Yamaha YRA-312

Mademoiselle Soprano Yamaha YRS-312

Ce sont des flûtes en plastique imitation palissandre à la base, dont le corps est maintenant marron caca car la peinture est usée (on n'ira pas dire que je bosse pas). L'alto a tellement servi qu'elle est toute usée au niveau des joints et que je suis obligée de mettre un morceau de papier pour ne pas perdre le pied en jouant.
Ce sont franchement d'excellentes flûtes pour commencer, à moins de 30€. Je les utilise encore aujourd'hui quand j'ai la flemme de monter ou de chauffer une flûte en bois, ou quand j'ai juste 5 minutes devant moi.


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Deux ans après l'arrivée de Mademoiselle Soprano Yamaha, on me fit comprendre qu'il serait malséant de me présenter à mon examen de fin de premier cycle sans au moins une flûte en bois. Étant à cette période tout à fait désargentée, je fis l'acquisition sur un célèbre site de vente aux enchères d'une flûte d'occasion pour la modique somme de 70€, ce qu'elle valait largement : Madame Alto Moeck-Grospied.

C'est donc avec elle que j'ai passé (avec succès et beaucoup de stress) mon examen de fin de premier cycle. Je pense qu'elle est en érable, et c'est une flûte correcte au niveau du son, mais son inconvénient majeur est son pied qui est très lourd, ce qui est assez pénalisant pour les mouvements rapides, de plus son vernis est glissant ce qui n'aide pas (surtout quand on a les mains moites à cause du trac). Je ne l'utilise plus du tout mais elle m'a bien rendu service.



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C'est là que je commence à m'embrouiller un peu dans la chronologie, en tous cas les deux recrues suivantes furent Monsieur Ténor Yamaha et Miss Sopranino Yamaha.

Mr Ténor Yamaha YRT-304 et Miss Sopranino Yamaha YRN-302

Rien de spécial à en dire, si ce n'est que la qualité des flûtes plastique Yamaha est toujours au rendez-vous. J'utilise très peu la sopranino, plutôt en orchestre pour des parties vraiment spéciales où il faut être loin au-dessus des autres instruments. Je n'utilise plus tellement la ténor non plus, elle allait bien sur certaines pièces avec l'ensemble à vents de mon ancien conservatoire, mais dans le nouvel orchestre elle n'a plus sa place. Je ne joue malheureusement pas de musique de chambre pour le moment, et en solo j'avoue que j'ai plus envie d'utiliser mes flûtes en bois même si sa sonorité est vraiment agréable. Je n'ai pas de ténor en bois, ce n'est pas que l'envie m'en manque mais on commence à taper dans des prix déraisonnables pour l'usage que j'en ferais actuellement. Un jour, peut-être...

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La petite suivante n'est malheureusement plus parmi nous. C'était ma première soprano en bois, achetée encore une fois d'occasion pour une somme modique. Au bout de quelques années, elle n'était plus très juste.
J'ai fini par la faire réviser et elle m'est revenue vraiment excellente, mais entre temps je l'avais remplacée et comme je n'étais toujours pas super à l'aise financièrement, j'ai financé une partie de la nouvelle en la revendant à un camarade de conservatoire, ce que j'ai finalement un peu regretté.
C'était une Moeck Rottenburgh en buis. Il m'en reste tout de même une photo...


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Mme Alto Aesthé
dite "Choupiflûte"
Jusque là, toutes mes flûtes étaient de fabrication industrielle. Il fallait vraiment que je remplace Madame Alto Moeck-Grospied, mais le prix d'une vraie flûte de facteur était un peu too much pour moi (en général à partir de 1200€ pour une alto en buis). Heureusement, certains facteurs fabriquent des flûtes d'étude, dont le prix est à peu près divisé par deux par rapport à une flûte de concert. C'est ainsi que j'ai commandé chez Jean-Luc Boudreau au Québec une alto 440Hz de sa gamme Aesthé, qui sont des flûtes "semi-industrielles" mais dont les étapes cruciales de fabrication sont réalisées à la main. Après un échange de mails avec Jean-Luc Boudreau, je l'ai choisie en ostryer de Virginie, que je ne connaissais pas mais qui présentait l'avantage d'être un bois local pour lui et d'être assez dense et résistant à l'humidité. Il a en gros les mêmes caractéristiques que le buis, mais je le trouve beaucoup plus intéressant au niveau du grain du bois.
J'ai une flûte dont le bois n'est pas uniforme et qui présente de jolies différences de couleurs. Au niveau du son, elle est vraiment excellente, elle a un son très plein, elle monte bien dans les aigus et descend bien dans les graves. Je ne retenterais pas l'expérience de commander une flûte sans l'avoir essayée, mais je ne suis vraiment pas déçue. Je savais quand même qu'en cas de problème, je ne serais pas obligée de la renvoyer au Québec car en France, le facteur Henri Gohin révise les flûtes Aesthé.

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J'ai évoqué plus haut la remplaçante de Mademoiselle Soprano Moeck-Rottenburgh. C'est une flûte d'étude en palissandre de Marie Hulsens, que j'ai choisie et essayée sur son stand à la Festa del Joglar à Céret dans le Vallespir (Pyrénées-Orientales). Marie est installée à Gérone en Espagne et elle vient tous les ans à Céret ainsi que plusieurs autres facteurs d'instruments anciens.

Mademoiselle Soprano Palissandre-Hulsens

C'est une flûte avec un joli son clair. Elle s'est désaccordée la première année, mais je l'ai ramenée l'année suivante à Marie au salon et elle lui a fait sa petite révision gratuite de la première année. Cependant deux ans plus tard, elle n'est de nouveau plus très juste et j'ai déménagé donc c'est moins facile... je la lui renverrai sans doute l'un de ces jours pour une autre révision, payante cette fois.

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L'année suivante, je décidai d'investir dans une alto 415Hz, diapason adapté à la musique baroque mais qu'on ne peut jouer que seul ou avec des instruments anciens au même diapason. J'avais la chance dans mon conservatoire d'alors de pouvoir jouer accompagnée au clavecin (qui peut s'accorder en 440Hz ou 415Hz). Je demandai à Marie Hulsens d'en apporter plusieurs à la Festa del Joglar pour que je puisse les essayer.

Madame Alto Quatrecentquinze

C'était en fait la seule alto 415Hz qui cadrait avec mon budget, et par chance c'est celle qui me plaisait le plus, comme quoi le prix ne fait pas tout. Elle a un son incroyable, chaud, riche, profond. Elle est en buis teinté. Elle n'est pas très facile à jouer par contre car il faut vraiment la remplir (elle demande beaucoup de souffle).

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Allez, la petite dernière (pour l'instant).
J'ai eu de gros problèmes d'humidité dans mon nouveau logement cet hiver et Choupiflûte, que j'utilisais à l'orchestre, a mal séché. Elle était presque inutilisable et on ne m'entendait plus à l'orchestre. Lorsque j'ai démonté le bouchon (alors je sais que les facteurs recommandent de ne jamais le faire, sauf... Philippe Bolton qui nous avait montré comment procéder sans risque lors d'une master class au conservatoire), je me suis aperçue qu'elle avait complètement moisi. J'ai aussi trouvé une sorte de petit mouton de poussière qui la bouchait en partie et dont je me demande bien comment il avait fait pour se retrouver là alors que je ne la laisse jamais traîner. Du coup je l'ai bien nettoyée à l'alcool et ô miracle, j'ai retrouvé ma Choupiflûte égale à elle-même.

Entre temps cependant, j'avais cédé à une envie qui me trottait plus ou moins dans la tête depuis que j'avais essayé la flûte en résine de Vincent Bernolin. C'est une résine spéciale qui ne ressemble pas du tout à du plastique. Les flûtes sont moulées, mais elle sont ensuite finies à la main et le son est bluffant, de même que l'aspect pour celles qui sont en coloris "ébène" (les blanches par contre sont très moches, on dirait vraiment du plastique). Elle a tout à fait l'aspect d'une flûte en grenadille. L'avantage étant que contrairement à une flûte en bois, on peut en jouer jusqu'à épuisement, il suffit de l'essuyer de temps en temps.
J'ai donc commandé ma flûte en résine et elle est telle que dans mon souvenir, le son est très différent de celui de Choupiflûte. Je ne l'ai pas encore essayée à l'orchestre mais je pense qu'elle ira très bien, elle a le son bien net des flûtes en grenadille et on devrait bien l'entendre. Elle est super agréable à jouer même si on n'a pas le toucher du bois, ça n'a quand même rien à voir avec du plastique.

Madame Alto Bernolin-Résine

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Voilà, vous connaissez maintenant toute la famille. Prochaine acquisition envisagée : une soprano Renaissance, peut-être une Aesthé. Jean-Luc Boudreau vient tous les ans aux Journées de Musiques Anciennes de Vanves et j'en profiterai sûrement pour en essayer sur son stand.

Dans un avenir plus lointain, j'aimerais bien une ténor en bois, plutôt Renaissance également, et aussi une basse mais comme je n'ai pas envie d'une plastique, ça risque d'attendre un moment (eh oui, plus c'est gros, plus c'est cher...).


samedi 12 mai 2018

Musiques celtiques de l’époque baroque

Un beau matin de 2012, m’acquittant avec résignation de mes tâches ménagères en écoutant France Musique, j’entendis avec bonheur une émission consacrée à la sortie du cédé « For Ever Fortune » des Musiciens de Saint-Julien, « Scottish Music in the 18th Century ».

Je ne sais pas si j’ai des origines cachées parmi les peuples celtes, mais leur musique me prend aux tripes, j’ai pour elle une attirance viscérale et irraisonnée.  Autant dire que l’interaction entre musique traditionnelle écossaise et influences baroques ne pouvait que me séduire. Je me suis empressée de commander « For Ever Fortune » qui reste mon cédé préféré depuis six ans.

On peut en écouter quelques extraits sur le site des Musiciens de Saint-Julien.

Les flûtes jouées par François Lazarevitch sont plutôt des traversos, mais il y a aussi une flûte à bec en Sib (dite flûte de quarte).
La bonne surprise, c’est que les Musiciens de Saint-Julien ont eu l’incroyable bonne idée de publier le recueil complet des partitions des musiques du cédé. Le jour où j’ai découvert ce fabuleux trésor, mon bonheur a été total. Non seulement toutes les partitions, même celles où il n'y a normalement que des cordes, sont jouables à la flûte à bec (moyennant quelques octaviations de-ci de-là), mais du coup on peut jouer en même temps que le cédé (à condition d’avoir une flûte au diapason 415Hz, à l’alto donc pour moi). C’est l’extase.

Je me suis bien sûr amusée à jouer un peu tout, mais j’ai travaillé en particulier deux pièces avec ma prof de l’époque.

La première, « Moc Donogh’s Lamentation », est belle à pleurer (enfin dans la version des MSJ bien sûr). J’ai pu la jouer à l’alto (415Hz) lors d’une audition accompagnée au clavecin et j’en garde un souvenir ému. Vous êtes autorisés à fermer les yeux pour écouter :


Cette pièce est attribuée à Turlough O’Carolan (en irlandais : Toirdhealbhach Ó Cearbhalláin), 1670-1738, compositeur et harpiste itinérant pendant 50 ans malgré sa cécité acquise à 18 ans. O’Carolan a intégré dans ses compositions des éléments de musique baroque, inspiré en particulier par Vivaldi et Corelli. Le titre fait référence à Terence MacDonough, membre du parlement irlandais en 1689 (oui je sais on avait dit « scottish » mais il y a toujours des exceptions).

J’ai aussi travaillé celle-ci, "Saw Na Ye My Peggie" à la soprano cette fois :


Il s’agit d’une chanson à boire sur un air ancien datant de 1625 environ.

Sur leur lancée, les Musiciens de Saint-Julien ont sorti en 2016 un cédé cette fois de musique irlandaise des 17 et 18e siècles, "The High Road to Kilkenny", qui est très très bien également. Malheureusement, pas trace de partitions pour le moment…