dimanche 13 janvier 2019

Blokfluitdagen 2018 - Jour 2 - Session 1

Après ce tour de chauffe, j'ai choisi pour varier les plaisirs de découvrir la musique chinoise avec des pièces de Lance Eccles.

Lance Eccles est né le 17 mars 1944. Il est maître de conférences en chinois à l'Université Macquarie de Sydney. De 1982 à 2002, il était membre du Reluctant Consort.

En plus d'écrire de la musique pour flûte à bec, il s'intéresse beaucoup aux langues, anciennes et modernes. Il a publié des ouvrages sur le dialecte chinois de Shanghai, sur la langue copte de l'Égypte ancienne et sur la langue tétoum du Timor oriental, ainsi qu'un commentaire grammatical sur la version syriaque de l'évangile de Marc.

Et en plus du chinois, il enseigne également le copte chaque année à l’Université d’été Macquarie pour les langues anciennes.

Les pièces que nous avons jouées sont extraites du recueil Shaanbei : revolutionary folksongs from North West China for five recorders, descant, treble, tenor, bass and great bass.

Shaanbei signifie "province du Shaanxi du Nord", et ces chansons sont adaptées d'airs traditionnels de cette partie de la Chine. Au cours des années 1930, le Parti communiste chinois y a établi sa base et a adapté de nombreuses chansons locales à ses objectifs politiques. Au cours des décennies suivantes, ces mélodies sont devenues bien connues dans toute la Chine.
En les harmonisant, Lance Eccles a pris soin de préserver leur style chinois. 

Nous n'avons pas pu garder les partitions, et je ne me souviens que de la première (je pense que nous en avons déchiffré deux) : Our Leader Mao Zedong (tout un programme).

Je m'étais positionnée en voix d'alto, mais encore une fois il y en avait beaucoup, et on avait besoin de voix aiguës. Nous étions deux sopranos, mais comme il n'y avait pas assez de ténors ma camarade a migré et je me suis finalement retrouvée à jouer de la sopranino (obligeamment prêtée par la prof), ce qui convenait assez bien au caractère de la pièce (les chanteuses chinoises ont souvent des voix très très aiguës).

Je n'ai pas trouvé d'interprétation de la pièce de Lance Eccles, il faudra donc vous contenter de la version vocale chinoise, 抱歉 (vous allez très vite comprendre ce que je voulais dire par "très très aiguës").


Cette session était dirigée par Sonja Mertens, professeure de flûte à bec à Brasschaat dans la province d'Anvers.

Blokfluitdagen 2018 - Jour 2 - Tutti

Après vous avoir tenus en haleine durant presque quatre longs mois, voici enfin la suite tant attendue de mes aventures malinoises.

Suite à une courte nuit de sommeil - puisque après le superbe concert de l'ensemble Odyssee, il a fallu nous dépêcher de rejoindre la gare de Malines puis rentrer à Bruxelles, préparer nos gamelles pour le lendemain, et nous lever de bonne heure pour être de nouveau sur place le samedi à 9 heures - nous voici donc fin prêtes pour notre deuxième journée, qui comme la veille commence par une samenspelsessie : la session de jeu d'ensemble qui réunit tous les participants. N'étant pas arrivées très en avance, il a fallu que je demande (en anglais) à rajouter deux places alto et nous nous sommes retrouvées derrière les contrebasses et même sous-contrebasses.


En ce deuxième jour, la Suite X de Schein nous emmène au début de la musique baroque.

(J'avais étourdiment basé mon article sur la Suite X de Scheidt, jusqu'à ce que j'insère la vidéo et que je me rende compte qu'il s'agissait en fait de la Suite X de Schein - raison pour laquelle sans doute je n'ai pas pu trouver d'enregistrement de la Suite X de Scheidt, qui n'existe vraisemblablement pas. Me voilà donc contrainte de réécrire entièrement mon article).


Johann Hermann Schein est un compositeur et poète allemand né en 1586 en Saxe et mort en 1630 à Leipzig.
Cantor (chantre d’église), poète, compositeur, maître de chapelle, latiniste et pédagogue, Johann Hermann Schein est le deuxième des « trois S » de la musique allemande du XVIIe siècle, avec Heinrich Schütz (1585-1672) et Samuel Scheidt (1587-1654) (d'où ma confusion). Malgré sa mort précoce à l'âge de quarante-quatre ans, pendant la guerre de Trente Ans, bien avant celle des deux autres « S », il a eu une grande influence sur la musique allemande à la fois par sa musique profane et religieuse.

Schein a été le premier compositeur allemand à s'inspirer des nouveautés de la musique baroque italienne, bien que n’ayant jamais quitté l’Allemagne.

Il a principalement écrit de la musique vocale, et un seul recueil de musique instrumentale, le Banchetto musicale en 1617. Celui-ci contient 20 suites et variations, et constitue l'un des plus anciens exemples de cette forme musicale. Les suites sont conçues comme de la musique d'accompagnement ("musique de table") pour les dîners à la cour de Weissenfels et de Weimar où il était directeur de la musique et maître de chapelle, et devaient être exécutées sur un ensemble de violes mais Schein précise que cette musique peut être jouée sur toutes sortes d'instruments. Elles sont constituées d'une série de danses : pavane, gaillarde, courante et allemande.



Et pour écouter un petit bout de notre interprétation, c'est toujours sur la page FB de Blokfluitdagen.

TWV BWV RV HWV K SSWV

A la vôtre !

Non mais, en vrai, ne vous êtes-vous jamais demandé ce que signifiaient toutes ces lettres bizarres derrière les noms des œuvres ?

Fantaisie en do majeur TWV 40:2
Prélude BWV 536a
Concerto en ré majeur RV 209
Sonate en sib majeur HWV 357
Concerto pour hautbois K314

etc... etc...

Bon, prenons un exemple simple, disons... la sonate en do majeur. À votre avis, il y en a eu combien de composées dans l'histoire de la musique, des sonates en do majeur ? Alors de laquelle je parle, là ? 
Ah ! Je vois une petite main qui se lève, oui, une idée ? On pourrait préciser le nom du compositeur ? Oui ! Très bien ! Alors on va dire, la sonate en do majeur de Vivaldi. Mais savez-vous combien il en a composées, Vivaldi, des sonates en do majeur ? 

Encore une idée ? On peut aussi préciser pour quels instruments ! Mais bien sûr ! La sonate en do majeur de Vivaldi pour violon et basse continue. Très bien ! Mais... il aimait bien ça, Vivaldi, les sonates en do majeur pour violon et basse continue...

Alors on fait comment ?

Eh bien, on fait des catalogues.

Dans certains cas, comme pour Beethoven par exemple, l'éditeur a attribué aux œuvres un numéro d'opus ("oeuvre" en latin) au fur et à mesure de leur parution, nous avons donc un catalogue chronologique tout prêt. Pratique !

Mais ce n'est pas toujours le cas, alors à un moment d'astucieux (et courageux !) musicologues ont entrepris de classer les œuvres des compositeurs par genre ou chronologie, en leur attribuant un code.

Parfois, ces musicologues ont choisi leur initiale suivie d'un numéro. C'est le cas par exemple de Ritter von Köchel qui a classifié chronologiquement les œuvres de Mozart : Concerto pour hautbois K314. 
D'autres, plus modestes, n'ont pas utilisé leurs initiales mais une abréviation, comme Monsieur Schmieder qui a préfixé les œuvres de Bach par les lettres BWV (Bach Werke Verzeichnis = Liste des œuvres de Bach).


Quelques exemples :

BWV : Bach Werke Verzeichnis
HWV : Haendel Werke Verzeichnis
K : Mozart (pour Köchel)
PB : Boismortier (pour Perreau / Boismortier)
RV : Vivaldi (pour Ryom / Vivaldi, mais il existe d'autres catalogues pour Vivaldi)
SSWV : Samuel Scheidt Werke Verzeichnis
TWV : Telemann Werke Verzeichnis

et bien d'autres...

samedi 12 janvier 2019

Premières Amours

En plus d'être passablement occupée et pré-occupée par moult sujets plus ou moins contrariants, ainsi que par les concerts et festivités de fin d'année, j'ai vu mon ordinateur connaître une fin brutale quoique pas complètement surprenante. Il m'a fallu le temps de me ré-équiper - de façon beaucoup plus confortable - et me revoici.

L'une de mes premières vraies belles découvertes au cours de mon apprentissage de la flûte à bec fut les sonates de Haendel, au début de ma troisième année si mes souvenirs sont bons. J'en ai chez moi plusieurs versions mais comme souvent, la première que j'ai écoutée - et ré-écoutée - et ré-ré-écoutée - et... (ad lib) est restée la plus chère à mon ouïe : celle de l'Ensemble Fitzwilliam avec Jean-Pierre Nicolas à la flûte à bec (je n'aurais pas dû cliquer sur l'onglet Discographie du site de l'Ensemble Fitzwilliam avec ses extraits à écouter ; il y a maintenant 3 cédés de plus dans ma wish list).

Parmi ces sonates, je suis plus particulièrement tombée amoureuse d'un mouvement : l'andante de la sonate en ré mineur HWV 367 que je vous fais écouter de ce pas, dans ma version préférée donc.





Voici pour comparer une autre interprétation de cet andante, cette fois par Hugo Reyne, qui est très bien aussi mais que j'aime moins (et comme je vous ai fait écouter l'autre avant, peut-être que vous l'aimerez moins aussi ahahah).




(Vous remarquerez que cette version fait 35 secondes de plus : Jean-Pierre jouerait-il plus vite que Hugo ? En outre je trouve que le clavecin est trop présent - et non, je ne suis pas partiale)


Georg Friedrich Haendel est un compositeur allemand né en 1685, et naturalisé anglais en 1726. Son papa, qui était chirurgien, n'était pas très d'accord pour qu'il fasse de la musique (il lui avait carrément interdit de toucher un instrument), mais quand on est motivé... et doué, ce qui ne gâte rien...

Haendel était un musicien très apprécié dans l'Europe de son époque (il est mort aveugle, mais riche), qui a su mélanger les influences de la musique baroque allemande, anglaise, française et italienne. 


Cette sonate en ré mineur HWV 367 (je vous explique très bientôt la signification de HWV 367 dans un article spécialement consacré au recensement des oeuvres musicales des compositeurs prolifiques) est composée de sept mouvements : Largo, Vivace, Presto (parfois intitulé Furioso selon les versions), Adagio, Alla breve, Andante, A tempo di menuet.  Elle a vraiment été composée pour la flûte à bec (et le clavecin), il ne s'agit donc pas d'une transcription.

Alla breve : locution italienne désignant, dans la musique ancienne, la mesure ayant la brève pour unité et renfermant, par conséquent, 2 semi-brèves ou 4 minimes, soit en figures modernes, une carrée, ou deux rondes, ou quatre blanches. On l'indique par le C barré. Il s'agit en réalité d'une mesure à deux temps rapide, la durée des notes ayant subi une sorte d'inflation au fil des siècles... La noire correspondait à la demi-minime et la croche à la fuse. 

 A tempo di menuet : invitation à jouer le mouvement avec le style et le tempo d'un menuet (plutôt lent et gracieux, à trois temps).

Comme vous êtes chanceux, vous pouvez écouter toutes les sonates par l'Ensemble Fitzwilliam sur cette vidéo (sonate en ré mineur HWV367 à 35:40) :


(Vous n'êtes plus chanceux du tout car la vidéo a été supprimée, un peu de patience, je vous la remplace très bientôt).

jeudi 15 novembre 2018

Enfin !

Me rendant la semaine dernière au magasin de musique faire l'emplette d'un instrument dont je vous parlerai plus tard, alors que je patientais à la caisse, mon œil pourtant dépourvu de lunette fut attiré vers un présentoir empli de brochures vertes et jaunes complètement floues. Une irrépressible intuition dirigea alors ma main vers l'un de ces opuscules, et quelle ne fut pas mon allégresse : Les Musiciens de Saint-Julien avaient enfin publié les partitions de The High Road to Kilkenny 💕

Ayant déjà en ma possession celles de For Ever Fortune, que j'exploite allègrement, j'attendais cette parution avec impatience depuis la sortie du cédé.
L'avantage est que j'ai eu plusieurs années pour me faire l'oreille à ces mélodies que j'écoute souvent, et ça facilite évidemment le jeu.

The High Road to Kilkenny est donc un recueil de musique ancienne d'Irlande des XVIIe et XVIIIe siècles, avec à la fois des poésies en gaélique mises en musique, raffinées et savantes, et des pièces plus récréatives de chansons et de danses. Toutes ces pièces, indépendamment de l'instrument pour lesquelles elles ont été écrites (harpe, violon, flûte, hautbois) se prêtent remarquablement bien à la flûte à bec, soprano ou alto, moyennant parfois quelques petites adaptations pour certaines notes qui sortent de notre ambitus.

Je me suis empressée d'en déchiffrer quelques unes, et force est de constater qu'elles ont l'air en moyenne plus difficiles que celles de For Ever Fortune. Je me consacre pour le moment à Sir Ulick Burke, à la soprano, que je vous fais entendre ci-dessous (dans la version originale) :





Il s'agit d'une pièce de Turlough O'Carolan (1670-1738) - en irlandais Toirdhealbhach Ó Cearbhalláin - dont je vous parlais déjà ici. La situation des musiciens en Irlande à cette époque était difficile et dépendait du patronage d'aristocrates comme ce Sir Ulick Burke dont il est question dans la chanson. O'Carolan, arrivant chez Sir Ulick au sortir d'une tempête de neige, se mit à chanter cette chanson et comme il était aveugle, il ne s'aperçut de la mort de son bienfaiteur que quand l'auditoire commença à pleurer en entendant chanter son nom.


Vous pourrez voir et entendre Les Musiciens de Saint-Julien interpréter les titres du cédé (et aussi certains de For Ever Fortune) en décors naturels irlandais sur ce magnifique film d'Arte (Sir Ulick est à 24:15) :


Le recueil de partitions peut être commandé sur le site des Musiciens de Saint-Julien.

jeudi 1 novembre 2018

Festivals d'automne #2 (The Curious Bards)

Je vais vous parler aujourd'hui d'un concert entendu le 2 octobre au Festival Baroque de Pontoise, à Pontoise (ce qui n'est pas si évident que ça en a l'air car ce festival est réparti sur de nombreux sites du Val d'Oise et pas seulement à Pontoise). J'ai parfaitement le droit d'en parler ici car il y avait des flûtes dedans, même si pas à bec, mais presque avec le tin whistle.

Je pensais jusqu'à présent que seuls les Musiciens de Saint-Julien s'étaient intéressés aux répertoires écossais et irlandais du XVIIIe, or il n'en est rien : les Curious Bards (*) aussi.
Cet ensemble a été fondé en 2015 par le violoniste Alix Boivert, qui rassemble autour de lui un flûtiste - traverso et tin whistle (Bruno Harlé), une gambiste (Sarah van Oudenhove), Jean-Christophe Morel qui joue du cistre irlandais baroque et Louis Capeille à la harpe triple baroque. Sur ce programme est aussi invitée la mezzo-soprano Ilektra Platiopoulou.

L'objectif de l'ensemble est donc de remettre en lumière la musique écossaise et irlandaise du XVIIIe siècle, qui constituait à l'époque une grande partie du patrimoine culturel de ces pays mais qui, malheureusement, n'a pas toujours été bien conservé à cause en particulier des conflits avec l'Angleterre, cette dernière n'ayant bien sûr pas intérêt à voir se propager et se perpétuer les mythes traditionnels et les langues régionales.

Un petit avant-goût de ce programme :



Et un échantillon de ce premier cédé [ex]tradition - dont le concert reprenait les titres, qui je l'espère sera bientôt suivi par d'autres.

A set of three irish airs


Since sounding drums (irish air)

Après environ 15 minutes de concert, l'alarme incendie a retenti de façon péremptoire dans la salle, invitant tout le monde à sortir sans délai. Il s'agissait finalement d'un dysfonctionnement du système, mais il a quand même fallu attendre 30 minutes que les pompiers viennent vérifier qu'il n'y avait effectivement aucun danger. Pour l'anecdote, l'alarme s'est déclenchée pendant la suite Highland Battle, qui retrace en 8 mouvements le déroulement d'une bataille, et justement pendant le mouvement The Retreat (la Retraite), ce qui a fait dire à Alix Boivert qu'il n'avait jamais eu un public aussi réactif...

Pour en apprendre un peu plus, voici deux vidéos de présentation de l'ensemble et de sa démarche :




(*) le barde était chargé, dans les sociétés celtes de l’Antiquité, de perpétuer la tradition orale notamment par la musique et le chant.