samedi 25 mai 2019

40 ans !

Non, ce n'est pas moi qui ai 40 ans (malheureusement). Ça ne fait quand même pas non plus 40 ans que j'ai délaissé ce blog (plus de 40 jours, par contre). 

Mais hier soir, nous avons fêté les 40 ans de mon conservatoire avec un concert-rétrospective : écran géant au fond de la scène avec des photos et images d'archives, une récitante qui retraçait toute l'histoire et un moment musical à chaque temps fort. Un concert comme je les aime, avec plein de monde sur scène, petits, grands, jeunes et vieux, tous instruments réunis (et même une flûte à bec, c'est pour dire). D'anciens professeurs et d'anciens élèves étaient même revenus jouer pour l'occasion.

Ça c'était au concert de Noël, pour donner une (toute) petite idée.

J'ai pu jouer avec l'orchestre sur trois morceaux (en réalité les orchestres, parfois tous réunis), bien éclectiques comme d'habitude : Gabriel's Oboe (thème très connu du film Mission), Les Comédiens d'Aznavour pour accompagner la chorale des enfants, et le final Stop in the name of Love avec les petits gars des "Musiques Actuelles" (bon là je dois dire qu'avec la batterie, la guitare électrique sans parler des trompettes - et des hautbois - j'ai eu un peu de mal à me faire entendre et même à m'entendre moi-même). J'ai aussi chanté trois fois, ce qui m'a obligée à faire des aller-retour derrière la scène car les musiciens étaient censés se stocker côté jardin et les chœurs côté cour (histoire d'entrer sur scène tous en même temps, ce qui fait plus propre). Et j'ai réussi à être à chaque fois du bon côté au bon moment avec, selon les cas, mes partitions, mes lunettes et la bonne flûte (on chantait deux chants par cœur, donc sans lunettes et sans partition, et je jouais deux morceaux à la soprano et un à l'alto).

Voilà donc des petites nouvelles pour vous faire patienter jusqu'à ce que j'aie plus de temps à vous consacrer (il me reste à peine deux semaines pour préparer mon stage de la Pentecôte, avec deux pièces en solo et pas mal de musique d'ensemble).

En attendant, je vous propose d'écouter (ou réécouter) Gabriel's Oboe :


Voici la scène où le Frère Gabriel sort son hautbois en pleine jungle (et où il a de la chance que son anche soit fonctionnelle ah ah) (personnellement si je devais emporter un instrument dans la jungle, je ne choisirais sans doute pas le hautbois) (la contrebasse non plus, d'ailleurs) (de toutes façons je suis pas très tentée par les jungles en général) :

dimanche 31 mars 2019

Encore de la Fantaisie, toujours de la Fantaisie !

Je ne perds pas (complètement) la boule et je sais que j'en ai déjà parlé ici, mais cette fois il s'agit de mon actualité personnelle et je ne peux pas ne pas vous en redire quelques mots étant donné que ces jours-ci, la n°10 tourne en boucle dans ma tête. 

En effet, pour le stage du weekend de Pentecôte, je dois préparer une pièce qui servira de base aux cours particuliers. Comme c'est apparemment mon année Telemann (j'en joue depuis la rentrée) et que j'en avais envie depuis un certain temps, j'ai choisi la Fantaisie n°10 et j'ai commencé à la travailler en cours. Et comme ça, c'est l'occasion de me débarrasser de ma phobie du fa# aigu qui commençait à devenir pesante.

Une des particularités de cette fantaisie est d'utiliser presque tout l'ambitus de l'instrument (c'est à dire de la note la plus basse que l'on peut jouer à la plus haute), du fa grave au sol aigu (on peut encore jouer quelques notes au-dessus du sol, mais c'est vraiment très peu usité, j'en ai vu seulement en musique contemporaine). On alterne de belles envolées d'arpèges avec des passages "à deux voix" :



Évidemment, la flûte n'est pas un instrument polyphonique, contrairement par exemple au piano où chaque main joue une voix différente, mais ici Telemann se débrouille quand même pour avoir deux voix qui se répondent alternativement : la première voix joue sol - la - si et la seconde joue mi - do - sol.


La difficulté de cette pièce n'est pas rythmique, car il n'y a quasiment que des croches, mais c'est plutôt d'enchaîner des notes très disjointes (des notes conjointes sont des notes qui se suivent dans la gamme, comme do - ré ou la - si), une note très aiguë suivie d'une note grave ou l'inverse. Pour jouer une note grave, il faut un souffle chaud et ample, et pour jouer une note aiguë il faut un air vif et rapide : c'est parfois un peu compliqué d'enchaîner les deux. Ici par exemple, on a un do aigu suivi d'un fa grave.

Cette fantaisie est composée de trois mouvements : A tempo giusto, ce qui ne donne aucune indication sur le tempo auquel le jouer, si ce n'est que comme il est suivi d'un Presto, il devra être en tous cas moins rapide, et enfin un Moderato. 

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire réécouter l'interprétation de Stefan Temmingh, je l'écoute en boucle... ce qui est aussi une façon de travailler. Il y a des semaines où je ne trouve pas de temps pour la flûte, mais le fait d'écouter les pièces en cours les fait avancer quand même et j'ai parfois d'heureuses surprises en les jouant devant ma prof.


Stefan Temmingh est né en Afrique du Sud dans une famille d'origine néerlandaise, et musicienne. Il a fait ses études musicales en Allemagne, et enseigne depuis 2010 à la Haute École de Musique de Munich.

Profitons de l'occasion pour écouter quelques autres de ses interprétations, en commençant par un grand "classique", enfin plutôt "baroque" :



Dans un tout autre style, une vidéo que je n'avais pas trouvée lors de mon article sur le jeu à deux flûtes. Flûtes, lecteur CD et... voix !!! Ne lâchez pas dès les premières secondes, c'est drôle !



Un beau mélange comme je les aime, musiques baroque, africaine, et inclassable...

vendredi 22 mars 2019

C'est le Printemps !

(pour information, j'avais commencé à écrire cet article bien avant notre exécution publique qui a eu lieu mercredi dernier : le jour du printemps !)

Je viens d'intégrer un ensemble de musique de chambre au sein de mon petit conservatoire communal, avec un premier morceau : le très célèbre Printemps des Quatre Saisons de Vivaldi.

Bon, il ne s'agit pas d'un ensemble baroque et le clavecin est un piano, mais mes nouveaux collègues (un pianiste donc, deux violonistes et un violoncelliste) sont d'un très bon niveau (tous en 3ème cycle) et tout ça est bien sympathique, même si... la prof de violon qui nous écrit les voix, et qui est aussi la chef de l'orchestre du mardi, ne connaît toujours pas mon instrument... et que je me retrouve avec une partition en mi majeur avec quatre dièses à la clé, ce qui fait beaucoup pour une flûte à bec (surtout la mienne).


J'ai du coup quelques passages avec des doigtés un peu délicats à enchaîner ou des trilles injouables (comme celui du mi avec le fa# aigu, oui, celui-là !). Cela nécessite l'emploi de quelques doigtés alternatifs : en fonction des notes à enchaîner, on change un peu la position des doigts, ce qui rend la note un peu moins juste, mais comme il s'agit généralement de passages rapides, ça ne s'entend pas.


Le trille est un ornement musical qui consiste à jouer alternativement et très vite deux notes conjointes (qui se suivent immédiatement sur la portée). En musique baroque, on commence par la note du haut (qui n'est pas écrite), ici donc le fa #.


Il y a beaucoup de trilles et de notes répétées dans ma partie, car je suis censée interpréter des chants d'oiseaux, mis à part à la fin où je reprends vraiment le thème.


Je ne vais peut-être pas passer des heures à vous faire une bio d'Antonio, dont vous connaissez déjà certainement au moins les grandes lignes, et sur qui vous pourrez trouver une multitude d'infos sur le net. Rappelons simplement que le prêtre roux (1678-1741), était prêtre, et roux,  et italien, et virtuose du violon. Je vous recommande d'ailleurs la lecture des Violons du Roi de Jean Diwo, qui n'est pas consacré spécialement à Vivaldi mais où il y fait une belle apparition, et où l'on se rend bien compte de ce qu'est un génie de la composition : on a l'impression que la musique naît toute seule dans sa tête et qu'il n'a plus qu'à la recopier.

Je vais vous parler assez brièvement également des Quatre Saisons, que vous avez forcément déjà entendues à moins d'être arrivé récemment d'une autre galaxie.

Le quattro stagioni ont été composées vers 1720, et sont constituées de 4 concertos (j'aurais bien écrit concerti, mais il paraît que comme le mot est francisé, on doit écrire concertos) : le Printemps, l'Été, l'Automne et l'Hiver.

Le concerto est une composition musicale pour un ou plusieurs instruments solistes dialoguant avec un orchestre, généralement en trois mouvements (un rapide, un lent, un rapide), ce qui est le cas ici (nous n'avons joué que le premier mouvement du Printemps). Le terme concerto fut utilisé pour la première fois en Italie au XVIe siècle, mais ne devint courant qu'aux environs de 1600, à l'aube de l'époque baroque.

Ces quatre concertos sont accompagnés de quatre sonnets (qui ne sont pas chantés en même temps que la musique), mais Vivaldi a indiqué sur la partition la correspondance avec les paroles des sonnets, ce qui peut donner une bonne indication de la façon de l'interpréter, par exemple pour les oiseaux. Voici les vers correspondant au premier allegro du Printemps :

Voici le Printemps, 
Que les oiseaux saluent d'un chant joyeux. 
Et les fontaines, au souffle des zéphyrs, 
Jaillissent en un doux murmure. 
Ils viennent, couvrant l'air d'un manteau noir, 
Le tonnerre et l'éclair messagers de l'orage. 
Enfin, le calme revenu, les oisillons 
Reprennent leur chant mélodieux.


Place maintenant à la musique, et écoutons ce fameux Printemps. Il y a évidemment des tonnes d'interprétations des Quatre Saisons, notamment par des ensembles à cordes puisque il s'agit des instruments d'origine. Je ne vous en mets qu'une seule pour la version originale du Printemps. Si vous en voulez davantage, ce n'est pas difficile à trouver.

Voici donc Nemanja Radulovic et l'ensemble Double Sens, avec une intro bien sympathique que je vous laisse découvrir :



Ces concertos ont donné lieu à divers arrangements et réécritures. Voici ce qu'en a fait Nicolas Chédeville (1705-1782) avec ses Saisons Amusantes, interprétées ici par Dorothée Oberlinger (ça faisait longtemps !) et l'ensemble 1700 :



Une version 100% flûte à bec par Lucie Horsch (qui mérite un article). Il s'agit d'un arrangement de Jean-Jacques Rousseau (qui n'était pas seulement écrivain, mais aussi musicien bien qu'un peu refoulé) pour flûte solo (probablement plutôt traversière au départ).



Comme je suis en quelque sorte tombée amoureuse de l'ensemble Voices of Music de San Francisco, je ne résiste pas à l'envie de vous faire écouter leur Hiver et leur Été (je n'ai malheureusement pas trouvé leur Printemps, et Hanneke van Proosdij n'est toujours pas à la flûte à bec) :




En 2012, le compositeur germano-brittanique "post-minimaliste" Max Richter a écrit un "Recomposed by Max Richter - Vivaldi - The four Seasons". Voici son Printemps (on reconnaît à peu près tout mais bien mélangé) :


Je préfère en fait son Été :

vendredi 8 mars 2019

Le programme des réjouissances !

Non non non, ce blog n'est pas mort ! J'ai simplement et provisoirement modifié l'ordre de mes priorités au profit d'autres activités (comme me coucher plus tôt, faire du sport,... jouer de la flûte à bec...), et je pars demain pour quelques jours de vacances, sans ordinateur.

Plusieurs articles sont en cours d'écriture, mais comme d'habitude, alors que je croyais pouvoir m'en sortir en quelques lignes, je me retrouve à passer des heures sur internet pour creuser l'histoire.

En attendant ces prochaines publications, je vous fais part de la liste des festivités pour cette année :


Du 8 au 10 juin (le week-end de la Pentecôte), stage de musique ancienne à Paris avec Clémence Grégoire. Ce sera une totale découverte : je ne connais ni ce stage ni Clémence Grégoire, et je n'ai jamais fait de stage de flûte à bec.

Au programme : cours individuels, orchestre, musique de chambre, initiation au basson baroque (!), conférence, concert des stagiaires. Trois journées bien remplies !



Du 23 au 25 août, les Blokfluitdagen à Malines, dont ce sera la trentième édition ! Je pense cette année faire les trois jours (vendredi - samedi - dimanche) afin d'en profiter à fond. Les inscriptions seront ouvertes à partir du 1er avril.



Du 24 au 27 octobre, les Open Recorder Days d'Amsterdam. Je ne connais pas encore ce festival, je pense qu'il y a moins d'occasions de jouer soi-même mais par contre plus de concerts et aussi des facteurs d'instruments. Je ne sais pas encore combien de temps j'y passerai, peut-être pas les 4 jours. J'aimerais en profiter pour découvrir un peu Amsterdam qui me tente depuis longtemps !



Et puis les concerts de mon petit conservatoire : un concert-audition le 20 mars avec le Printemps des Quatre Saisons de Vivaldi en musique de chambre (article en cours), un autre concert le 20 avril avec l'orchestre (et la chorale), et le concert des 40 ans du conservatoire le 24 mai. 

Voilà de quoi m'occuper... et quelques articles en perspective !

dimanche 17 février 2019

Blokfluitdagen 2018 - Jour 2 - Le concert

Ces deux journées intenses se terminent déjà,  mais il nous reste quand même encore à assister au concert de l'ensemble B-Five, In search of Dowland.

L'ensemble B-Five est un consort de flûtes à bec germano-belge composé de cinq flûtistes : Thomas List, Silja-Maria Schütt, Katelijne Lanneau,  Mina Voet et Markus Bartholomé. Katelijne Lanneau est d'ailleurs, me semble-t-il, originaire de Malines.

Malines, 25 août 2018

Le répertoire de B-Five est essentiellement relatif à la Renaissance tardive - joué sur des copies d'instruments du XVIe siècle - avec des passerelles vers des compositions contemporaines. J'ai beaucoup aimé leur concert, très vivant, créatif avec une théâtralité pleine de surprises. J'aime bien en général quand les musiciens ne sont pas statiques mais se déplacent dans la salle, et que la musique ne vient pas seulement de la scène, mais de partout à la fois.

Ce programme était donc construit autour de la musique de John Dowland. Là je vais faire ma feignante et je vais m'inspirer largement de la plaquette du festival, ce qui aura par ailleurs l'avantage de me faire pratiquer mon néerlandais.

John Dowland (1563-1626) est né dans l'Angleterre d'Elizabeth I, un âge d'or caractérisé par la prospérité économique et culturelle. Il est étonnant que ce musicien, le plus influent de l'époque élisabéthaine, se soit présenté sans succès à plusieurs reprises au poste convoité de luthiste de la reine. Ce n'est qu'après la mort d'Elizabeth qu'il obtint ce poste, et il est possible que son caractère mélancolique provienne de l'amertume qui en résultait. Cette mélancolie, devenue un mode de vie dans le Londres de Shakespeare, transparaît dans la chanson la plus célèbre de Dowland, Flow my Tears :

Coulez mes larmes, jaillissez de vos sources ! 
Exilé à jamais : laissez-moi me plaindre ; 
Là où l'oiseau noir de la nuit chante sa triste infamie, 
Laissez-moi vivre dans la solitude.

En voici une interprétation par deux membres de l'ensemble Voices of Music (que nous avons déjà écouté ici) :



Sur la base de cette chanson, Dowland a composé sept "pavanes passionnées" : Lachrimae, or Seven Teares, écrites à l'origine pour instruments à cordes (luth, viole de gambe, violon). Il était alors luthiste à la cour de Christian IV de Danemark. Ces danses sont comme un concentré de tristesse, chaque pavane présentant un type de larmes différent : larmes des amants, larmes de deuil, larmes sincères... Dowland complète ces compositions passionnées par un certain nombre de danses rythmiques à la mélodie prenante. Cet ensemble de danses est la seule musique de consort que Dowland nous ait laissé.

Dans l'Angleterre des Tudors, la flûte à bec était l'un des instruments les plus appréciés et les plus joués (dommage que ça ait changé), particulièrement à la cour d'Henri VIII qui, comme nous l'avons déjà évoqué ici, était lui-même un flûtiste à bec émérite. 

Nous avons donc pu entendre une Dowland-Suite écrite pour B-Five par le compositeur suisse Carl Rütti, dans laquelle il "raconte" la vie de Dowland, dans une combinaison colorée d'ancien et de nouveau où la polyphonie de l'âge d'or et les sons contemporains se fondent en un tout harmonieux.

Écoutons The Earle of Essex Galliard qui nous en donne un bon aperçu :


Et voici l'une des sept fameuses pavanes, Lachrimae gementes (les larmes du deuil) :




La version "originale" par Jordi Savall et Hesperion XXI (ça faisait longtemps) :



Jacob van Eyck (1590-1657) (qui mérite un article) a écrit des variations sur le thème des pavanes Lachrymae de Dowland, interprétées ici par le flûtiste québéquois Vincent Lauzer  :


Nous arrivons donc au bout de cette copieuse série d'articles, en attendant (avec impatience en ce qui me concerne) l'édition 2019 qui sera celle du trentième anniversaire des Blokfluitdagen :


dimanche 10 février 2019

Telemann en canon

J'ai presque fini ma série de comptes rendus du Festival de Malines 2018 (il me reste encore le concert du deuxième jour), et il va maintenant me falloir trouver d'autres sources d'inspiration. J'ai donc pensé vous parler de temps en temps des pièces que je travaille en cours.

Je dispose comme vous le savez d'un certain nombre de flûtes à bec, dont plusieurs altos que j'utilise en fonction de la situation.

Mon alto en plastique est  toujours à proximité du pupitre sur lequel traînent mes partitions en cours, ce qui me permet lorsque je n'ai pas trop de temps de jouer quelques minutes sans forcément l'avoir prévu, puisque je n'ai pas besoin de la faire chauffer. Parfois, je commence à travailler avec en attendant que sa ou ses camarades aient atteint la bonne température.



J'utilise la Bernolin en résine pour l'orchestre, parce qu'elle a un son clair et puissant et qu'on l'entend mieux parmi les autres instruments.

L'Aesthé est quant à elle réservée à mon cours ou en petit ensemble de musique de chambre, ce qui est malheureusement peu fréquent par les temps qui courent. Ma prof m'accompagne au piano, qui est électronique et que l'on peut régler en son "clavecin" ce qui est quand même plus sympa avec la flûte à bec.

Mais du coup, comme dans mon petit conservatoire communal il n'y a pas de section musique ancienne, ni aucun autre élève susceptible d'en jouer, je n'avais plus du tout l'occasion d'utiliser mon alto 415Hz que j'aime et que j'adore. J'ai demandé à ma prof si on pouvait régler le piano en 415Hz, mais on n'a pas trouvé comment. Du coup elle m'a proposé de me ramener des pièces pour deux altos et de jouer la seconde voix avec sa propre flûte, ce que je me suis empressée d'accepter !

Elle a commencé par m'apporter la sonate en canon n°2 de Telemann, où j'ai pu jouer la première voix et elle la seconde, en l'occurrence les deux sont exactement les mêmes sauf que la seconde démarre une mesure après la première, et du coup joue une mesure de moins puisque ça ne se fait pas de ne pas terminer en même temps.

Mais revenons sur le titre de la pièce, sonate en canon n°2 : qu'est-ce qu'une sonate, qu'est-ce qu'un canon ? Je sais que ces termes sont parfaitement familiers à un certain nombre d'entre vous, mais pas à tous et c'est donc l'occasion de revenir à quelques fondamentaux.

J'en profite pour souligner - bien que cela puisse paraître évident - que je ne suis ni historienne, ni musicologue, et que tout ce que j'écris ici est un mix entre mes connaissances et expériences personnelles en tant que musicienne très amateure, et les informations que je peux trouver en particulier sur internet, dont la fiabilité est incertaine puisque chacun peut y écrire à peu près ce qu'il veut (la preuve ici même). Chaque article me demande donc beaucoup de temps (d'autant plus que je ne mesure généralement pas à l'avance jusqu'où cela va m'emmener), car je ne fais jamais de copier-coller.

Pour écrire une biographie de compositeur par exemple, même de quelques lignes, je croise plusieurs sources et je fais une synthèse qui n'a aucune prétention d'exhaustivité mais a plutôt pour but d'être une petite introduction la plus digeste possible, libre à vous ensuite d'aller compléter vos connaissances ailleurs si le cœur vous en dit. Lorsque je poste deux ou trois vidéos pour présenter plusieurs interprétations d'une même pièce, j'en ai généralement visionné beaucoup plus et le choix n'a pas toujours été facile et reste tout à fait subjectif.

♫♬♪

La sonate est une forme musicale apparue vers la fin du XVIe siècle. Elle est purement instrumentale et s'oppose en cela à la cantate, qui est chantée. Elle s'impose vraiment à l'époque de Corelli, et va progressivement évincer la suite (qui est une alternance de danses écrites dans la même tonalité mais de tempi ou de caractères variés).

La sonate baroque est composée de plusieurs mouvements écrits dans la même tonalité (par exemple ici en Fa majeur), généralement trois ou quatre, alternant un mouvement rapide avec un mouvement lent.  Elle est écrite pour un nombre limité d'instruments, généralement un ou deux avec une basse continue. Celle-ci commence par un premier mouvement plutôt allant, sans indication de tempo. Les tempi sur une partition baroque ne sont pas chiffrés, mais suggérés par un type de mouvement : un allegro sera plutôt rapide, un  largo plutôt lent, mais cela est laissé à l'appréciation de l'interprète et il s'agit plus d'une indication de caractère que de vitesse. Ce premier mouvement est suivi d'un larghetto, plutôt lent donc, puis d'un allegro assai, plus rapide (assai veut dire très).

Le canon est un procédé d'écriture où deux ou plusieurs voix jouent exactement la même chose (à l'unisson ou décalées d'un intervalle, généralement octave ou quinte), mais où chaque voix démarre après la précédente, par exemple une mesure après comme dans celle dont je vous parle ici (Frère Jacques est un canon bien connu). Par contre, tout le monde s'arrête en même temps, ce qui fait que seule la première voix joue ou chante la pièce complète.

♫♬♪

Ici nous avons donc un décalage d'une mesure :


On peut voir à la fin de la partition qu'il y a deux points d'orgue (le point d'orgue est le petit point surmonté d'une parenthèse horizontale, qui indique que l'on doit prolonger la note et non en jouer strictement la valeur écrite) : un sur le fa aigu final qui sera joué uniquement par la première flûte (celle qui a commencé à jouer en premier), et un sur le fa medium qui est sur le premier temps de la mesure précédente. La seconde flûte jouera donc ce point d'orgue pendant que la première jouera la note finale, et elles s'arrêteront en même temps. Bien sûr, lorsque la première flûte est passée sur le fa médium, elle a joué une croche et pas le point d'orgue qui n'est écrit que pour la deuxième flûte.



Voici la meilleure interprétation que j'aie trouvée (il n'y en a pas des tonnes), avec deux violoncelles. Le jeu de recouvrement des deux voix fait que parfois on les entend vraiment bien se répondre en écho,  parfois on entend une voix beaucoup plus que l'autre, et parfois lorsqu'il y a un changement de caractère au cours du morceau, la deuxième voix a l'air de ne pas réagir tout de suite, et puis vient encourager tardivement la première. Je vous laisse écouter :


Je vous mets une interprétation à la flûte à bec, non parce qu'elle me plaît mais justement parce c'est le même interprète qui joue les deux voix, assemblées grâce à un montage, et que du coup ça n'a aucun charme car elles sont toutes les deux strictement identiques. On voit donc que l'intérêt du canon ne consiste pas en une imitation exacte, c'est beaucoup plus intéressant quand chaque voix apporte sa propre expressivité, comme un vrai dialogue. Je vous laisse juger par vous-même :



Écoutons pour finir le canon le plus célèbre sans doute, le fameux Canon en Ré de Johann Pachelbel (1653-1706), compositeur et organiste allemand de la période baroque, écrit à l'origine vers 1700 pour trois violons et une basse continue, mais qui a connu par la suite de multiples arrangements pour les instruments les plus variés.

Voici l'interprétation qu'en fait l'ensemble Voices of Music (la tête de la positiviste me disait bien quelque chose : il s'agit effectivement de la flûtiste à bec Hanneke van Proosdij) :


Et une autre purement flûtes à bec avec cet ensemble taïwanais :