jeudi 7 février 2019

Blokfluitdagen 2018 - Jour 2 - Session 4

Pour cette dernière session de ces deux intenses journées, j'ai cédé à mes penchants naturels en optant pour Turlough O'Carolan (dont je vous ai déjà parlé ici et ici). 

Nous avons enchaîné trois pièces, et je dois dire que la fatigue commençait à se faire sentir pour tout le monde et que le résultat était un peu moins au point que lors des sessions précédentes. J'étais pour ma part placée entre deux charmantes flûtistes néerlandophones, toutes les trois à l'alto, et nous avions apparemment chacune une conception différente des rythmes à jouer. Nous nous sommes cependant toujours retrouvées sur les dernières notes 😉

La première des pièces est en fait une suite de trois airs, Three Airs for Bridget Cruise. Je ne me rappelle pas si nous avons joué les trois, mais je ne pense pas et en plus je n'en ai pas vraiment de souvenir. 

Ces pièces sont surtout interprétées à la harpe celtique et je n'ai pas pu trouver de version flûte à bec. Voici par contre une vidéo qui vous changera un peu du néerlandais (tenez bon pendant les 39 premières secondes). Nous y apprenons que Toirdhealbhach Ó Cearbhalláin est né (en 1670) près de Nobber dans le Comté de Meath (à environ 70 km au nord-ouest de Dublin), où se tient tous les ans le O'Carolan Harp Festival, et qu'il a composé ces airs pour la jeune Bridget Cruise dont il était amoureux.



En voici une autre interprétation, avec de la flûte traversière pour nous rapprocher un peu de notre instrument de prédilection (Trio con Spirito) :



Souvent considéré comme le dernier barde irlandais, O'Carolan, aveugle depuis l'âge de 18 ans à cause de la variole, a commencé sa vie de barde et de compositeur à l'âge de 21 ans (il était apparemment plus doué comme compositeur que comme harpiste). Il a ensuite parcouru l'Irlande pour composer de la musique et divertir ses "clients". Il s'est marié à 50 ans et a eu sept enfants. Plus de 200 de ses compositions ont survécu. O'Carolan est mort en 1738 chez sa mécène Mrs McDermott, à Alderford dans le Comté de Roscommon, et ses restes reposent maintenant non loin de là dans l'abbaye de Kilronan. Il était déjà très connu à l'époque de sa mort et sa veillée funèbre a duré quatre jours.


La deuxième pièce que nous avons jouée était Rights of Man. Vous n'en aurez qu'une version, celle des Witches (qui méritent toujours un article, ça viendra, ça viendra) :




Les Witches

Lorsque Turlough avait 14 ans, son père trouva un emploi auprès de la famille McDermott à Ballyfarnon, où les Ó Cearbhalláin emménagèrent. Mrs McDermott apprécia le garçon et veilla à ce qu'il fût éduqué. Comme il semblait avoir un certain talent pour la musique et la poésie, elle lui fit prendre des leçons de harpe. Vers l'âge de 21 ans, elle lui offrit une harpe, un cheval, un guide et l’argent lui permettant de se lancer dans la carrière de harpiste itinérant et de jouer pour ses clients dans toute l’Irlande. 

Son premier patron lui suggéra de s’essayer à la composition. Grâce à ses encouragements, Turlough commença effectivement à composer des mélodies pour la plupart de ses clients. Quant à sa personnalité, il paraît qu'il était enjoué et sociable, qu'il aimait les histoires drôles et qu’il était un excellent joueur de backgammon. Comme beaucoup de harpistes de son époque, il buvait beaucoup, ce qui le mettait de mauvaise humeur. Un médecin lui conseilla un jour d'arrêter de boire pendant un certain temps, mais Turlough se sentait plutôt pire. Il trouva un autre médecin qui lui donna le conseil opposé, suite à quoi son humeur redevint immédiatement "vivante et gaie".

La troisième pièce s'intitule Carolan's Air, aussi connue sous le titre de Carolan's Welcome. Contrairement à la précédente, il est très facile d'en trouver des interprétations diverses et variées, le choix n'a donc pas été facile. Comme d'habitude, je vous en fais écouter suffisamment pour qu'elle vous reste bien dans la tête 😜

Par le Pacific Arts Trio, flûte (traversière), harpe et violoncelle (cliquez sur le lien "Rendez-vous sur YouTube pour visionner cette vidéo") :



Par le polyinstrumentiste néerlandais Ernst Stolz (gambiste, pianiste, flûtiste à bec, violon, accordéon...) :



Une version très différente, par le fameux groupe irlandais de musique traditionnelle The Chieftains :



Et enfin celle de La Folía Barroca, avec à la flûte à bec l'argentin Marcelo Milchberg, que je découvre avec plaisir :



Cette dernière session était animée par Aline Hopchet, concertiste et professeure de flûte à bec et d'autres instruments à vent à Woluwe-Saint-Lambert à côté de Bruxelles et à Lokeren à côté de Gand. N'hésitez pas à l'écouter sur les vidéos présentées sur son site.

dimanche 3 février 2019

Blokfluitdagen 2018 - Jour 2 -Session 3

Ce qui est vraiment bien avec ce festival, c'est qu'on peut expérimenter des musiques qu'on n'a pas forcément l'occasion de jouer en temps normal. C'est parfois tentant de choisir des compositeurs que l'on connaît et que l'on aime, mais le plaisir de la découverte est aussi bien agréable. Comme il y a quatre sessions par jour, et jusqu'à trois jours si on veut, on peut se débrouiller pour faire les deux 😃

Pour cette avant-dernière session d'ensemble, j'ai choisi de découvrir la musique klezmer, que je connais très peu même si j'en ai déjà joué une pièce à l'orchestre (Odessa Bulgarish).

Cette session était intitulée Klezmer & More et basée sur le recueil de partitions éponyme qui contient 20 pièces. Je ne sais pas si c'est la musique klezmer ou l'animateur de la session, Jeroen van Lexmond, qui attirait tant de monde mais la salle n'arrêtait pas de se remplir, tant et si bien qu'il a fallu pousser les meubles et suivre à trois par pupitre ! Cette affluence n'a pas empêché Jeroen de mener la session à un train d'enfer : à peine une pièce tenait-elle à peu près la route qu'il passait à la suivante, et on a réussi en 1h15 environ (la session dure 1h30 mais le temps que tout le monde réussisse à s'installer, ça a bien dû prendre 1/4 d'heure) à déchiffrer et mettre en place 11 pièces sur les 20, ce qui fait moins de 7 minutes par pièce. C'était sympa d'en voir plein, mais un peu frustrant (et épuisant) quand même de les oublier à peine jouées...

Je vais essayer de vous faire un petit topo sur la musique klezmer, mais j'ai un peu de mal car je n'y connais moi-même pas grand-chose, et les différentes sources internet sont plutôt contradictoires... je tente quand même une petite synthèse des informations les plus consensuelles.

Source : Paloma Valeva
La musique klezmer est celle que les saltimbanques juifs ashkénazes jouaient de fête en fête dans toute l’Europe centrale et de l’est, aussi bien dans les cours des califes que dans celles des rois chrétiens, depuis le XIIIe siècle jusqu’aux persécutions nazies et staliniennes du XXe siècle. Elle s’est enrichie au contact de musiciens slaves, tziganes, grecs, turcs (ottomans) et plus tard du jazz avec la vague d'immigration juive aux États-Unis au début du XXe siècle. La tradition klezmer en Europe a été ensuite en grande partie démantelée par la Shoah.

C’était un répertoire essentiellement instrumental, jusqu’au XVIe siècle où s’y sont ajoutées des paroles. À cette époque, afin de pouvoir continuer à jouer malgré les restrictions imposées par les institutions religieuses et civiles, les musiciens professionnels juifs collaborent avec des musiciens non juifs, induisant un brassage des cultures en particulier avec les tsiganes tout en conservant à la musique klezmer son essence propre.

Le mot klezmer vient de l'association des mots hébreux klei (instrument) et zemer (chant, mélodie). À l'origine, le mot klezmer (pluriel : klezmorim) désignait donc les instruments. On a ensuite également appelé les interprètes les klezmorim. Du fait des conditions de vie précaires de ces musiciens itinérants, ainsi que de leur mode de vie souvent peu observant des règles de vie juives, ce mot avait acquis une connotation plutôt péjorative.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les ensembles klezmers étaient essentiellement composés d’un luth ou d’un petit ensemble d’instruments à cordes (violons, viole de gambe, violoncelle), et aussi parfois d’un cymbalum (cithare sur table) et d’une flûte (ah quand même). Les percussions étaient souvent réduites à un simple tambour (tshekal) ou une grosse caisse (puk ou baraban). Vers la deuxième moitié du XIXe siècle, les ensembles klezmers commencèrent à intégrer des instruments à vent, clarinette puis cuivres et accordéon à boutons. On peut aujourd'hui y trouver un peu de tout (sauf apparemment des flûtes à bec si j'en crois mes recherches de vidéos infructueuses).

Je ne sais plus vraiment quelles pièces nous avons jouées parmi les 20, mis à part certaines qui sont bien connues comme Hevenu shalom alejchem ou Tumbalalaïka. Pour info, ce site propose en téléchargement gratuit ces deux partitions (SATB(*)).

Je ne vais pas vous laisser complètement sur votre faim, voici donc ce que j'ai pu trouver pour ces deux pièces.

D'abord  Hevenu shalom alejchem (nous vous apportons la paix), avec de la flûte à bec (beaucoup) :



Et sans flûte à bec, mais avec plus de klezmer dedans (la musique commence à 0:42):



Tumbalalaïka (dont je connaissais la mélodie pour l'avoir chantée en chorale), chanson du folklore juif ashkénaze russe, chantée en yiddish de génération en génération :


(L'affiche en arrière-plan est écrite en turc et on peut y lire quelque chose comme : "Attention ! Vouloir chanter pendant le règne a été interdit par la police". Je ne pourrai malheureusement pas vous en dire plus, n'ayant aucune connaissance du contexte).

Un jeune homme est debout, debout et il réfléchit 
Il réfléchit et réfléchit toute la nuit : 
Qui choisir et ne pas offenser ? 
Qui choisir et ne pas offenser ? 

 Résonne bala, résonne bala, résonne balalaïka, 
 Résonne bala, résonne bala, résonne balalaïka 
Résonne balalaïka, joue balalaïka, 
Résonne balalaïka, sois joyeuse ! 

Jeune fille, jeune fille, puis-je te demander ? 
Qu'est-ce qui peut grandir, grandir sans pluie ? 
Qu'est-ce qui peut brûler, brûler sans cesse ? 
Qu'est-ce qui peut pleurer, pleurer sans larme ? 

 Stupide jeune homme, que demandes-tu ? 
Une pierre peut grandir, grandir sans pluie.
L'amour peut brûler, brûler sans cesse.
Un cœur peut pleurer, pleurer sans larmes.


Cette session était donc animée par Jeroen van Lexmond, professeur de flûte à bec quelque part à l'est des Pays-Bas. J'ai vraiment beaucoup aimé son enthousiasme et sa capacité à diriger sans faillir cet ensemble d'une bonne vingtaine de flûtistes pendant plus d'une heure.

Vous pouvez voir et entendre Jeroen ici :


(la musique qu'on entend au début de la vidéo me rappelle furieusement quelque chose et en plus j'ai la désagréable impression que je devrais la reconnaître... si quelqu'un peut éclairer ma lanterne...)


(*) SATB = Soprano, Alto, Ténor et Basse

dimanche 27 janvier 2019

La famille s'agrandit !

Je vous parlais dans la présentation de ma petite famille de ma soprano baroque 440Hz en palissandre de chez Marie Hulsens. D'une part cette flûte s'est un peu désaccordée et il faudrait que je la fasse réviser, d'autre part je ne voyais plus très bien l'intérêt d'avoir une soprano baroque alors que je joue tout sauf de la musique baroque sur cette flûte : renaissance, médiévale, celtique, traditionnelle... 

Aesthé renaissance
J'avais envie d'une flûte avec un son plus large et plus puissant, d'un modèle renaissance dont la perce est plus large et qui "donne" donc plus de son. J'avais prévu d'essayer une Aesthé renaissance lors du passage de Jean-Luc Boudreau aux Journées de Musiques Anciennes de Vanves en novembre dernier, mais ce festival a malheureusement été annulé et je ne me sentais pas de commander à nouveau une flûte sans l'avoir essayée, bien que je sois très contente de mon alto Aesthé commandée il y a quelques années. 

Adri's dream

J'ai profité de mon passage à Malines pour en essayer plusieurs sur les deux ou trois stands présents, dont celui de Mollenhauer. J'avais essayé les Adri's dream, celle en érable ne me plaisait pas du tout, celle en prunier était mieux mais je la trouvais un peu chère pour la qualité. Ça c'est pour mes souvenirs, mais en consultant le catalogue de Mollenhauer, je me rends compte qu'il existe une seule soprano Adri's Dream toute en bois, et qu'elle est en poirier. Dont acte pour le poirier, mais j'étais pourtant sûre d'en avoir essayé une autre dans un bois plus foncé plus chère et avec un meilleur son...  


Parmi les flûtes essayées ce jour-là, j'avais adoré la Kynseker en prunier et la sensation que j'avais ressentie ne m'avait pas quittée depuis. J'ai eu le bonheur de m'en faire offrir une pour mon anniversaire, que je suis allée moi-même chercher - et réessayer - au magasin Woodbrass de Paris qui a vraiment un choix intéressant de flûtes à bec pour une enseigne généraliste.


Je ne suis pas du tout déçue par cette flûte qui est telle que dans mon souvenir. Elle est en 440Hz, ce qui est normal pour une flûte renaissance "standard" (le 415Hz est réservé à la musique baroque). On peut trouver des flûtes renaissance dans d'autres diapasons chez certains facteurs (466Hz, 392Hz, ...), mais il faut alors pouvoir jouer en consort avec des flûtes au même diapason. En école de musique lambda, ce n'est bien sûr pas possible et d'autant plus si on veut pouvoir l'utiliser en orchestre moderne. Et le prix est de toute façon rédhibitoire en ce qui me concerne et pour l'usage que j'en fais.

Elle est en doigté baroque mais n'a pas de doubles trous pour le ré et le do, ce qui est plus conforme aux instruments de cette époque, la perce est donc plus large que sur une flûte baroque, et les trous sont plus gros, ce qui procure une sensation plutôt agréable au toucher. Le fait de ne pas avoir de doubles trous n'empêche pas de jouer le ré# ni le do#, c'est juste un peu plus délicat à enchaîner avec certaines notes (le passage du sib au ré# dans Sir Ulick Burke m'a causé quelques soucis).

Elle convient parfaitement aux musiques que je joue à la soprano. Il me reste à faire réviser ma soprano baroque afin de pouvoir la vendre, car du coup je ne pense pas l'utiliser encore, bien qu'elle reste une excellente flûte (et j'aimerais bien me dégager un petit budget pour aider à l'achat d'une ténor en bois...).

Hieronimus Franciscus Kynseker (1636-1686) était un facteur d'instruments à vent de Nüremberg en Allemagne. Il nous reste plusieurs de ses flûtes à bec, conservées au German National Museum de Nuremberg, au MMA de New-York et aussi au Musée de la Musique à Paris.


Plusieurs copies de ces instruments ont été réalisées - et utilisées entre 1853 et 1924, puis dans les années 1970 par Herbert Paetzold (plus connu pour ses flûtes carrées), d'après les instruments du Germanisches Nationalmuseum. Mollenhauer les fabrique depuis 1982, et propose toute une gamme de la garklein à la grande basse (Moeck fabrique également une soprano et une alto). Ces flûtes sont un peu intermédiaires entre la flûte renaissance et la flûte baroque (moins droites que la flûte renaissance, largeur de perce et de trous entre flûte renaissance et flûte baroque, presque aussi puissantes mais plus souples que la renaissance).

Je vous propose maintenant de découvrir la sonorité de ces flûtes, tout d'abord avec le trio Vesini, qui nous joue Josquin des Prés (1450-1521) et Vincenzo Ruffo (1508-1587) :



Vous pourrez entendre plus particulièrement le son de la soprano, jouée ici sur une sonate de Giovanni Battista Fontana (1589-1630) par Sophie Botté (professeure de flûte à bec à Bois-Colombes). C'est à peu près tout ce que j'ai trouvé, mais à mon avis la vidéo ne rend pas tellement hommage au son réel de cette flûte, qui me semble plus chaud et plus "rond" :

jeudi 24 janvier 2019

Paul's Steeple (The Duke of Norfolk)

Paul's Steeple, connu aussi sous le titre de The Duke of Norfolk, est l'un de ces tubes intemporels dont on peut écouter de multiples interprétations et qu'on retrouve régulièrement en achetant un nouveau cédé de musique traditionnelle ou baroque. Mais ce qu'il y a de bien, c'est qu'on ne s'en lasse jamais et qu'on le redécouvre à chaque fois.

Je vous laisse écouter tranquillement la version des Witches (qui méritent un article), et on en reparle après :







Paul's Steeple (le clocher de Saint-Paul) est une Country Dance anglaise, publiée pour la première fois en 1651 par John Playford dans son fameux recueil The English Dancing Master.

John Playford (1623-1686) n'est pas un compositeur, mais un éditeur anglais ainsi qu'un danseur et maître de danse. The English Dancing Master est un recueil super connu de Country Dances (contredanses), contenant dans sa première édition une centaine de danses, pour aller jusqu'à plus de 900 au fil de ses 18 rééditions.


Le clocher de la Cathédrale Saint-Paul à Londres était connu au XVIe siècle pour sa hauteur, qui culminait à 164 mètres jusqu'à sa destruction par la foudre en 1561. Le reste de la cathédrale a été restauré, mais on n'a jamais reconstruit la flèche. Il existe même une comptine au sujet de ce clocher :
La Cathédrale Saint-Paul avant 1561

Upon Paul's steeple stands a tree, 
As full of apples as may be, 
The little boys of London town, 
They run with hooks to pull them down, 
And then they go from hedge to hedge, 
Until they come to London Bridge.


L'autre nom de la danse est probablement issu d'une ballade à la mémoire de Thomas Howard, quatrième Duc de Norfolk, exécuté en 1572 pour haute trahison par la reine Elisabeth I (il aurait voulu épouser Marie Stuart).

Je suis donc l'heureuse détentrice d'au moins 4 versions de Paul's Steeple (peut-être même plus, il est bien possible que je ne les aie pas toutes recensées). Comme d'autres musiques traditionnelles qui sont devenues archi-connues, une mélodie de base assez simple donne prétexte à de multiples variations dont certaines sont assez récurrentes, et d'autres plus créatives.

En voici donc quelques exemples, avec ou sans flûte à bec.


Frederic de Roos - La Pastorella (Flûtes d'Angleterre : The Delightfull Companion) :





Dorothee Oberlinger et Vittorio Ghielmi, dont je vous parlais il y a quelques jours :





À la viole de gambe et à l'archiluth avec Margaret Little et Sylvain Bergeron (sur mon cédé chouchou du dimanche matin) :




Ayant à peu près fait le tour de mes possessions, je vous propose quelques vidéos afin comme d'habitude de bien vous implanter la mélodie dans le crâne et si possible vous empêcher de dormir.

D'abord la brillante Hanneke van Proosdij, flûtiste à bec (et claveciniste) que je ne connaissais pas :



Le sautillant "duel violonistique au pub" de Jarte Eike et Milos Valent :



Un duo Ney - Flûte à bec original et créatif avec Rageed William et Annegret Fischer :



Et pour finir, car on pourrait facilement y passer la nuit, un trio punchy flûte à bec, chitarra battente et percu avec Alessandro de Carolis à la flûte à bec, que je découvre :



Dormez bien !

lundi 21 janvier 2019

Shopping brugeois

Ayant eu envie de regoûter un peu à la Belgique flamande, je suis allée entre amies passer le weekend du 11 novembre dernier à Brugge (Bruges).

C'est non seulement une ville superbe (un peu humide, mais bon, c'était le 11 novembre), mais outre moult marchands de chocolat, on y trouve un magnifique magasin de musique : Rombaux, dont la déco et l'aménagement sont restés tels qu'en 1920 (mis à part, je présume, les bacs et étagères à cédés).

Comme nous y sommes arrivées peu avant la fermeture, nous n'avons pas eu le temps de tout visiter et nous sommes restées au rez-de-chaussée, où se trouvent les cédés et les vinyles. Les instruments de musique sont à l'étage (je pense qu'ils sont surtout spécialisés dans les pianos et les guitares) et peut-être les partitions aussi, j'irai voir ça la prochaine fois (car il y aura vraisemblablement une prochaine fois, ayant aussi manqué de temps pour visiter la ville).

Les magasins de musique sont pour moi un peu comme les magasins de chocolat librairies : j'ai du mal à en ressortir les mains vides. Comme il m'était malgré tout difficile de m'y retrouver parmi toutes ces étagères de merveilles, je suis allée demander dans un mélange improbable de néerlandais et d'anglais où se trouvait le rayon flûte à bec. Leur classement est plutôt par compositeur, mais il y avait quand même une petite étagère réservée aux compils de quelques interprètes. J'ai hésité à choisir un cédé de Stefan Temmingh récemment découvert grâce à ce blog, mais je me suis finalement décidée pour un autre réunissant Dorothée Oberlinger avec son Ensemble 1700, et Vittorio Ghielmi avec Il Suonar Parlante : The Passion of Musick, English and Celtic Music of the 17th Century.

Dorothée Oberlinger est une flûtiste à bec allemande née en 1969. Elle a étudié la flûte à bec à Cologne, Amsterdam et Milan. Elle a joué avec des ensembles et des orchestres baroques de renommée internationale, comme les Sonatori de la Gioiosa Marca, Musica Antiqua Köln, l'Académie de Musique Ancienne de Berlin. En 2002, elle a fondé l'Ensemble 1700. Elle a collaboré avec l'ensemble Il Suonar Parlante de Vittorio Ghielmi sur plusieurs cédés, dont Gipsy Baroque.

Le cédé rassemble donc des pièces baroques de compositeurs comme John Adson, Henry Purcell ou Mattew Locke, et des "tunes" traditionnels celtiques dont certains sont de vrais tubes comme Paul's Steeple ou Stingo (qui méritent un article à eux seuls). Les arrangements de Vittorio Ghielmi sur certaines pièces très connues comme celles de John Playford sont très créatifs et apportent un "sang neuf" à des musiques maintes fois entendues.


Adson's Masque





Le titre du cédé est celui d'une fantaisie de Tobias Hume (1569-1645), compositeur et violiste anglais, qui était aussi militaire de carrière pour gagner sa vie.

Tobias Hume : The Passion of Musick



mardi 15 janvier 2019

Blokfluitdagen 2018 - Jour 2 - Session 2

Après un nouveau pique-nique ensoleillé - bien qu'un peu frais - au bord du canal, et une promenade dans les jolies rues de Malines, nous étions prêtes à attaquer notre dernière demi-journée de pratique intensive.
Je décidai cette fois de retourner à la musique baroque, avec la Chaconne des Africains de ce cher Lully.

Giovanni Battista Lulli est un compositeur et violoniste italien naturalisé français, né à Florence le 28 novembre 1632 et mort à Paris le 22 mars 1687.

Ses origines sont modestes puisqu'il est fils de meunier, mais il se fait remarquer vers l'âge de 14 ans par Roger de Lorraine, Duc de Guise qui l'amène à Paris chez sa nièce, la Duchesse de Montpensier, qui voulait apprendre l'italien. Elle l'envoie au départ en cuisine (peut-être à cause de son physique ingrat), puis finit par se rendre compte de son talent pour la musique (on ne sait pas trop comment). Il est formé par les grands maîtres qui fréquentent le salon de la Duchesse, apprend le violon, le clavecin, la théorie et la composition musicales et crée pour sa protectrice la Compagnie des Violons de Mademoiselle.

En 1652, suite à la Fronde à laquelle elle a pris part, la Duchesse de Montpensier doit fuir et Louis XIV engage alors Lulli en qualité de violoniste et de danseur. Il obtient petit à petit les faveurs du roi en se pliant opportunément à ses intérêts pour la musique et pour la danse, se fait naturaliser en 1661 sous le nom de Jean-Baptiste Lully, et devient surintendant de la musique du roi. Il réussit à acheter un privilège qui lui donne le monopole de l'opéra : personne d'autre que lui ne peut monter d'opéra sous peine d'amende (trop fort), ce qui l'aide beaucoup à faire fortune.

Lully a inventé avec Molière la comédie-ballet (comme le Bourgeois Gentilhomme), et créé l'opéra français sous forme de tragédie lyrique, en combinant les différents genres musicaux de la France du XVIIe siècle (ballet de cour, tragédie, pastorale, comédie, opéra italien). Le premier de ces opéras français, créé en 1673, est Cadmus et Hermione dont est extraite la Chaconne des Africains.

Outre ses talents musicaux, Lully est aussi connu pour son sale caractère, son attirance autant pour les hommes que pour les femmes (bien qu'il fût marié), et sa mort aussi bête qu'originale : alors qu'il dirigeait  la répétition du Te Deum qu'il devait faire jouer pour célébrer la guérison du roi qui avait été malade, il s'est fâché très fort contre ses musiciens et s'est donné un grand coup de son bâton de direction d'orchestre dans l'orteil ; s'en est suivie une infection, et comme il n'y avait pas d'antibios à l'époque et qu'il a refusé qu'on lui coupe la jambe, la gangrène s'est généralisée et il est mort le 22 mars 1687, à 55 ans.

Je vous ai déjà fait entendre la Chaconne des Africains ici, mais je vous remets cette interprétation  de l'ensemble brésilien Quinta Essentia Recorder Quartet, qui est quand même bien sympa :



Cadmus et Hermione est une tragédie mise en musique avec un prologue et cinq actes sur un poème de Philippe Quinault d’après Les Métamorphoses d’Ovide, créée à l’Académie royale de musique le 27 avril 1673 et dont l'argument est le suivant : le prince égyptien Cadmus, parti à la recherche de sa sœur Europe, s’est arrêté en Grèce où il est tombé sous le charme d’Hermione, fille de Mars, mais celle-ci est déjà promise au roi de cette contrée, le géant Dracon, protégé du dieu. Pour la conquérir, Cadmus doit donc surmonter les obstacles dressés par Mars autour de la princesse, mais il est aidé par Pallas qui transforme Dracon en statue. Junon enlève Hermione, mais l'amour finira par triompher et les deux amants se marient sous les auspices de l'Olympe.


Voici la version ballet du Poème Harmonique (malheureusement la qualité n'est pas très bonne) :



Et celle de l'inégalable Eduardo Antonello, avec deux flûtes à bec sur le lit et le fauteuil à bascule :



La Chaconne est une danse lente à trois temps apparue en Espagne au XVIe siècle, et qui a donné naissance à une pièce instrumentale formée de variations sur un motif répété à la basse. On la trouve dans des suites de danses de la période baroque, et elle est parfois appelée Passacaille bien qu'il semble y avoir pour certains compositeurs des nuances assez floues entre les deux.


Des chaconnes ont été écrites par des compositeurs  contemporains, comme Matthias Maute :



Cette session était (très) animée par Barbara Belza, professeure de flûte à bec à l'Académie de Musique de Geel dans la province d'Anvers. Barbara est néerlandophone, mais tellement expressive que j'ai à peine eu besoin qu'on me traduise ses explications, qui étaient vraiment très intéressantes. Elle a aussi eu la bonne idée de nous faire écouter la pièce en début de session.