vendredi 20 juillet 2018

Pourquoi la flûte à bec : les arguments (5)

5. On peut jouer de plusieurs flûtes à bec à la fois

Enfin quand je dis plusieurs, c'est deux maxi, vu qu'on n'a en général que deux mains.

Mais c'est quand même extraordinaire, non ? Quel autre instrument permet ça ? Imaginez-vous pouvoir jouer de deux violons à la fois, de deux pianos à la fois, de deux trombones à la fois ? Eh bien de deux flûtes à bec, c'est possible, et il y a même de la musique écrite spécialement pour ça !

Je connais seulement deux pièces pour deux flûtes et un seul flûtiste, qui sont des œuvres contemporaines mais aussi des "classiques" du cursus des conservatoires : Ende de Louis Andriessen, et Diaulos de Bruno Giner.

Je trouve que la difficulté n'est pas, comme on pourrait le croire, de réussir à faire entrer deux becs dans une seule bouche - dans la mesure où on reste raisonnable quand même. La mienne étant de dimension modeste, mon maximum est alto + soprano comme dans Diaulos, mais Ende est écrite pour deux altos. Je ne pense pas qu'on puisse aller beaucoup au-delà (une alto + une ténor ? une ténor + une basse ?). En ce qui me concerne, le vrai challenge est de dissocier ma main gauche de ma main droite pour jouer des notes différentes. Dans le jeu normal avec une seule flûte, les deux mains font des choses différentes mais coopèrent pour jouer une seule note, ce qui est fort différent.

Ende a été composée en 1981 par Louis Andriessen, pour deux flûtes à bec alto jouées par un seul flûtiste.
Louis Andriessen (à ne pas confondre avec son père Hendrik, son frère Jurriaan, sa sœur Cæcilia et son oncle Willem, tous compositeurs) est un compositeur néerlandais né en 1939 à Utrecht.
Après avoir expérimenté le sérialisme, Andriessen se réfère plutôt au jazz, à Stravinsky, au travail rythmique des répétitifs américains (fondé sur la répétition de très courts motifs mélodiques, harmoniques ou rythmiques, voire sur la répétition d'un son unique, ce qu'on retrouve d'ailleurs dans Ende), et cherche à retrouver une harmonie consonante ou polytonale (superposition de deux ou plusieurs éléments musicaux appartenant chacun à une tonalité différente).  Louis Andriessen est aussi attiré par l'opéra.

Ende étant dédicacée à Frans Brüggen, il était normal que je choisisse d'abord sa version bien qu'on ne puisse pas l'y voir jouer,  de plus la photo est mal choisie puisqu'il n'y a qu'une seule flûte.



Après la plus brillante, voici la plus drôle, celle du quatuor Sirena que vous connaissez déjà. Vous aurez en prime le Largo et le Spiccato du concerto en Ré mineur RV 565 de Vivaldi, et Ende commence à 3:31.



Bruno Giner est un compositeur français né à Perpignan en 1960. Je ne sais pas du tout en quelle année il a composé Diaulos, en tous cas je l'ai entendue jouer pour la première fois en 2007. Je suppose que le titre de la pièce fait référence à l'aulos des grecs, qui était par contre un instrument à anche mais se jouait généralement par paire (ici).

Je n'ai trouvé qu'une seule vidéo, qui n'est pas de très bonne qualité, mais ça vous donnera une idée :



Bien sûr, rien n'empêche de jouer d'autres styles de musique avec deux flûtes, je pense d'ailleurs que ça se prête plutôt très bien à la musique médiévale.

Alors autant vous dire qu'en explorant le ioutoub à la recherche de bi-flûteries inconnues, je suis allée de frappadingue en frappadingue surprise en surprise et je me suis bien amusée... je vous fais partager !

Le spécialiste du genre a l'air d'être le néerlandais Hein Zegers. Vous trouverez plein de vidéos sur ioutoub, je vous mets mes deux préférées. Il "triche" un peu en bouchant les trois trous main gauche de la flûte de droite avec du ruban adhésif, et je suppose que du coup il est obligé d'utiliser des doigtés alternatifs sur cette flûte et ça sonne parfois un peu faux. Mais quand même, il se débrouille !




Je vous présente maintenant le génialissime Jean-Pierre Poulin, inventeur de la flûte multi-fonctions (à voir absolument ici, personnellement je ne m'en suis toujours pas remise) :



Juste par curiosité, la version nasale, mais je ne vous en voudrai pas si vous ne tenez pas jusqu'au bout :



Finalement, au fil de mes recherches, toutes mes certitudes auront volé en éclats. Tout d'abord, on peut aussi jouer de deux saxophones à la fois, du moins je le présume car je n'ai pas réussi à trouver une vidéo de cet Ende aux saxos, juste une photo :

http://laurentestoppey.blogspot.com/

Et, last but not least, l'autrichien Arnulf Zeiler joue de TROIS flûtes à la fois 😮😮
Bon, il triche un peu, il utilise celle de gauche comme bourdon sur une seule note. Mais quand même.



Sur le même thème : les arguments (1)
                                 les arguments (2)
                                 les arguments (3)
                                 les arguments (4)

vendredi 13 juillet 2018

Séquence nostalgie

J'ai eu envie de réécouter Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau, et cela m'a transportée une bonne dizaine d'années en arrière. J'ai commencé l'apprentissage de la flûte à bec avec l'alto en 2006, et j'ai ajouté l'année suivante la soprano. J'aurais pensé me mélanger les doigts et les neurones entre les deux, mais finalement ce n'est pas si compliqué, ce sont les mêmes doigtés, mais qui produisent des notes différentes : une quinte au-dessus à la soprano, donc le doigté du Fa à l'alto donne un Do à la soprano. Une fois ce concept assimilé, il y a un système de bascule mentale qui se fait automatiquement quand on change de flûte, et pour ma part mes doigts choisissent les bons doigtés en fonction de la taille de la flûte qu'ils tiennent : si elle est grande, les doigtés d'alto, si elle est petite, les doigtés de soprano. Il y a juste un petit bug avec la ténor, comme elle est grande, j'ai tendance à jouer les doigtés d'alto (et ceux de soprano à la sopranino mais je m'en sers rarement).

Toujours est-il qu'à l'audition de fin de cette 2ème année de flûte à bec et de 1ère année de soprano, j'ai joué l'Air pour les Esclaves Africains, extrait des Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau, et que j'ai adoré le faire !

Jean-Philippe Rameau (1683-1764) est un compositeur français et théoricien de la musique. Son père était organiste à Dijon, et il paraît que le petit Jean-Philippe connaissait le solfège avant de savoir lire et écrire. Il est célèbre (sans parler de sa musique elle-même) pour ses traités d'harmonie qui font toujours référence aujourd'hui en ce qui concerne l'harmonie classique, et pour son hostilité à l'influence de la musique italienne qui donnera lieu à la fameuse Querelle des Bouffons qui l'opposera en particulier à Jean-Jacques Rousseau. 
Une autre querelle l'avait déjà opposé à Lully suite à la parution d'Hippolyte et Aricie, ou en tous cas avait dressé les "lullistes" contre les "ramistes", les premiers étant scandalisés par les excès de la musique de Rameau, trop riche et trop "envahissante" par rapport à la tradition de la tragédie lyrique initiée par Lully. L'enregistrement complet d'Hippolyte et Aricie par le Concert d'Astrée en 2012 est ici.

Les Indes Galantes est un opéra-ballet créé en 1735, qui répond à l’engouement du public de l’époque pour l’exotisme, « turqueries » et « perseries ». Le livret n’a pas de cohérence particulière, et sert surtout de prétexte à la danse et au spectacle. Il enchaîne quatre « intrigues galantes » qui emportent le spectateur « sur les rivages des Indes », c'est-à-dire tour à tour en Turquie, au Pérou, en Perse et en Amérique.

Je n'ai malheureusement pas trouvé d'enregistrement de l'Air pour les Esclaves Africains à la flûte à bec, ni d'ailleurs d'aucun autre extrait des Indes Galantes, à part des vidéos d'amateurs dont je vous ferai grâce (sans aucun mépris de ma part, je trouve déjà très courageux de s'enregistrer, moi-même j'en suis incapable).

Pour coller un peu au sujet qui nous rassemble ici, je vais d'abord vous faire écouter une jolie découverte : Le Rappel des Oiseaux joué à deux flûtes à bec. Il s'agit à l'origine d'une pièce pour clavecin issue d'un recueil paru en 1724. C'est la première "pièce de caractère" de Rameau : il ne s'agit pas d'une danse mais d'une pièce plutôt descriptive et imitative, et vous allez entendre que c'est très bien réussi ! Je ne connaissais pas ces deux flûtistes, Aik Shin Tan et Martin Bernstein, mais ça me donne envie d'en écouter davantage.


Je m'éloigne (à regret) de mon instrument de prédilection pour vous faire entendre un petit peu de ces fameuses Indes Galantes, quand même, et en premier lieu cet Air pour les Esclaves Africains. Attention, cette musique reste vraiment, vraiment dans la tête...

Une interprétation sur un tempo plutôt très vif par l'Orchestra of the 18th Century dirigé par Frans Brüggen (oui, lui-même, malheureusement il ne joue pas de flûte à bec ici). Je préfère moi-même jouer cet air plus lentement, certains passages m'évoquant vraiment ces esclaves traînant leurs chaînes. Ici, ils ont l'air plutôt guillerets et contents de leur sort !



Vous n'échapperez pas à un petit Jordi Savall. Cette version correspond mieux à ma vision des choses :


Une petite turquerie, pour rester dans le thème :


Je vous mets celle-ci aussi par l'ensemble Il Giardino d'Amore, rien que pour la joie et l'enthousiasme de leur interprétation (ça doit être la version où les esclaves sont libérés). Même la chanteuse est à fond alors qu'elle ne chante pas sur ce passage !


C'est bon, vous l'avez bien dans la tête ? Allez, une petite dernière pour être sûrs, au piano cette fois :


Je termine par un autre grand "tube", peut-être plus connu encore, de ces Indes Galantes, toujours par Il Giardino d'Amore, avec un ballet cette fois (on aimerait bien voir en vrai comment c'était au temps de Rameau, mais à défaut...) : la Danse du Grand Calumet de la Paix, plus connu sous le nom de Air pour les Sauvages.

samedi 7 juillet 2018

I Continenti

Jetant un œil dans ma cédéthèque, section "flûte à bec" (ça alors) (n'allez pas vous imaginer quelque chose de mirifique, à la fois la section en question et la cédéthèque tout entière sont de proportions tout à fait modestes), je retrouve un cédé que je n'avais pas écouté depuis longtemps - je me demande bien pourquoi.

Il s'agit, comme il arrive souvent avec les ensembles de flûtistes à bec, d'un assortiment de pièces allant du Moyen-Âge à l'époque contemporaine (en sautant toute la période classique-romantique-moderne évidemment), soit un échantillon de toutes les périodes du répertoire de notre instrument.

Il s'agit du cédé Banchetto Musicale du Flanders Recorder Quartet. Et là, je suis très embêtée, car plusieurs pistes s'offrent à moi... Vais-je écrire un article sur les banquets musicaux ? Sur le Flanders Recorder Quartet ?  Sur la musique de la renaissance avec Schein et Merula ? Sur les fugues de Bach ? Sur la musique médiévale ? Tous ces sujets sont fort intéressants, et même fort fort intéressants pour certains, et je ne manquerai pas de vous en parler un jour ou l'autre mais aujourd'hui, j'ai choisi un compositeur contemporain, Jan Van der Roost, et sa suite I Continenti qui figure donc sur le cédé.

Jan Van der Roost est un compositeur belge né en 1956, tromboniste de formation, qui compose pour les instruments à vent en général mais surtout pour les cuivres. Il se trouve qu'il a composé en 2002, dédié au Flanders Recorder Quartet pour son quinzième anniversaire, la suite I Continenti, images musicales de tous les continents sauf l'Europe, inspirées par ses nombreux voyages autour du monde.



Je vais vous en faire écouter deux :

Asia

Cette pièce est jouée sur des flûtes à bec baroques ténor, basses et contrebasse mais en style Shakuhachi.

South America

C'est ma préférée ! Il y revisite un thème des Andes bien connu que je ne vous ferai pas l'affront de nommer...



Il y a encore Océanie, Amérique du Nord et Afrique.


Une bonne partie de l'œuvre de Jan Van der Roost puise aux sources des musiques traditionnelles des pays qu'il a visités. Je pense que I Continenti est sa seule œuvre pour flûte à bec, il écrit plutôt pour les instruments à vents de l'orchestre d'harmonie, ce qui n'est pas trop ma tasse de thé mais je vous en donne quand même deux petits exemples ci-dessous. 

Rikudim, quatre danses du folklore israélien :




jeudi 5 juillet 2018

Le Fa dièse aigu

Suite à ma découverte de l'interprétation de la Fantaisie n°10 de Telemann par Stefan Temmingh et de ma réconciliation avec les aigus, j'ai eu envie de jouer cette Fantaisie.

J'ai donc désincarcéré sorti la partition de sa boîte et j'ai attaqué allègrement le début du premier mouvement "a tempo giusto". Ça se passait à merveille et je trouvais que ça sonnait plutôt bien (j'avais pris la 415 pour être justement moins agressive dans les aigus)......... jusqu'à ce que je me casse le nez le bec sur un Fa dièse aigu.

J'ai toujours lâchement zappé cette note, qui n'est pas du tout naturelle sur la flûte à bec. À l'époque baroque, je pense que personne n'aurait eu l'idée d'écrire un Fa # aigu pour la flûte à bec à moins d'être particulièrement sournois et malveillant. Mais comme ces Fantaisies ont été écrites pour la flûte traversière, puis transcrites pour la flûte à bec, on se retrouve avec des notes injouables délicates à jouer.

Le Fa # aigu se joue donc avec le doigté du Sol aigu qui est déjà en double fourche. Un doigté en fourche à la flûte à bec est un doigté avec un "trou" dans le bouchage des doigts, c'est à dire qu'au lieu de boucher trois trous consécutifs, on laisse ouvert celui du milieu. En soi ce n'est pas si compliqué, mais ça peut parfois être délicat à enchaîner avec d'autres notes. C'est d'ailleurs une des difficultés de la flûte à bec (avec l'articulation) puisqu'on n'a pas assez de trous ni de clés pour jouer toutes les notes : on s'en sort avec des combinaisons de doigts parfois acrobatiques. La prof de violon de ma fille m'avait dit une fois qu'elle avait commencé la flûte à bec étant jeune mais qu'elle avait arrêté à cause des doigtés : "c'est trop difficile". Ça m'avait bien fait plaisir d'entendre ça de la bouche d'une professionnelle du violon qui n'est pas réputé pour être un instrument facile (mais pas à cause des doigtés). 


Pour en revenir au Sol aigu, on a donc une fourche avec la main gauche ET une fourche avec la main droite, avec en plus le demi-trou du bas (les deux derniers trous sur une flûte à bec baroque sont doubles, ce qui sert en général à jouer les dièses : Fa grave = tous les trous sont bouchés, Fa # grave = on débouche un des deux de la paire du bas). On a l'habitude de dire "demi-trou" alors que c'est en fait un trou complet de la paire. Peut-être cela date-t-il de la Renaissance, où il n'y avait pas de doubles trous et où on devait boucher la moitié du trou unique, ce qui était encore moins pratique.

Pour jouer le Fa# aigu, en vertu d'un phénomène acoustique que je ne maîtrise pas du tout, il faut en plus boucher l'orifice inférieur de la flûte (le pavillon), bien évidemment pas avec les doigts car il nous faudrait une troisième main (qui pourrait se trouver au bout du troisième bras dont rêvent toutes les mamans). On utilise donc la cuisse ou le gras du mollet quand on joue assis.

On utilise la même technique pour le La et le Si bémol aigus (3ème octave), qu'il est encore plus rare de trouver sur une partition.

J'ai donc pris mon courage (et ma flûte) à deux mains et j'ai tenté l'aventure : ça ne s'est, ma foi, pas si mal passé. Il me reste maintenant à l'enchaîner entre le Sol médium et le Ré dièse médium, mais j'ai tout mon temps, c'est les vacances (musicales seulement) (j'ai aussi un peu de travail prescrit mais on peut varier les plaisirs).

Vous pouvez visionner la chose "en vrai" sur la vidéo ci-dessous. Le fameux Fa# est à 1:59 (il y en a deux autres dans le presto - argh 😨).



Si vous voulez en savoir un peu plus concernant ces Fantaisies pour flûte à bec, Sarah Jeffery de Team Recorder leur a consacré une vidéo. C'est en anglais mais même si vous n'êtes pas fluent, elle est assez facile à comprendre car elle est anglaise et articule très bien. D'une manière générale, j'aime beaucoup ses vidéos qui sont pleines de conseils et d'astuces bien utiles pour la pratique quotidienne. La Fantaisie n°10 est à 7:27.

dimanche 1 juillet 2018

La flûte Paetzold

Peut-être avez-vous déjà remarqué sur certaines vidéos de musique contemporaine pour flûte à bec, une sorte de gros instrument carré en bois de meuble.

C’est la flûte Paetzold !

Comme pour notre instrument familier, il y en a de plusieurs tailles qui se succèdent comme les flûtes à bec ordinaires, une en Fa, une en Do : Basse (en Fa), Grande Basse (en Do), Contrebasse (en Fa), Sous Grande Basse (en Do) et Sous Contrebasse (en Fa).

La flûte à bec carrée Paetzold a été conçue au milieu des années 1970 par le facteur de flûte allemand Joachim Paetzold (d'où son nom !).
Inspiré par l'orgue qui combine des tuyaux cylindriques et des tuyaux carrés, il eut l’idée, vers la fin des années 1950, de construire une flûte à bec carrée.
Il cherchait à développer un instrument jouable facilement sur deux octaves, avec une attaque rapide et surtout bon marché. Son prototype en contreplaqué donna un bon résultat, ce qui l’encouragea à continuer ses essais.
Au début des années 1970, il aboutit à une flûte carrée basse nettement améliorée, et il tenta en 1975 de développer une contrebasse, cette fois avec l’aide de son neveu Herbert. N'étant ni facteur d’instruments, ni même musicien, mais électrotechnicien et menuisier, ce dernier contribua au développement de la nouvelle flûte sans idées préconçues et sans être influencé par les traditions de la facture des flûtes à bec. En 1976, la première flûte carrée Paetzold fut brevetée et convainquit immédiatement les musiciens professionnels qui l’essayèrent : en 1977 Frans Brüggen commanda trois instruments pour son trio Sour Cream.

L'association des flûtes Paetzold avec des flûtes baroques peut être assez étonnante, non seulement visuellement mais aussi au niveau du son, je vous laisse juger avec ces trois "classiques" irlandais revisités :


On peut bien sûr théoriquement jouer n'importe quel style de musique avec une flûte Paetzold. Le claquement des clés lorsqu'on joue est assez déconcertant, cependant ce sont quand même des basses donc finalement, le fait de rajouter une sorte de percu à une ligne de basse ne doit pas être si gênant que ça. Par contre lorsqu'elles sont jouées en voix principale, je trouve ça assez... étrange.



Une pièce du compositeur allemand (que je découvre à cette occasion) Hermann Robert Frenzel, né en 1850 mais dont le style sur ce morceau tout au moins, est plutôt Renaissance. Elle est interprétée par le quintette néerlandais Seldom Sene (dont je vous reparlerai sans doute un jour) :



Mais c'est quand même le répertoire contemporain qui lui convient le mieux, car elle permet beaucoup plus d'effets sonores extravagants qu'une flûte baroque ou renaissance. Plusieurs compositeurs ont également écrit spécifiquement pour la flûte Paetzold. Je vous en donne un échantillon ci-dessous, moi franchement j'ai du mal mais comme avec une grande partie de la musique contemporaine pour flûte à bec :



Sur la vidéo suivante, vous pourrez voir une présentation de la sous-contrebasse, ce qui vous donnera de plus l'occasion de pratiquer votre anglais, puisque le Monsieur est allemand :


Pour les non-anglophones qui n'auraient pas tout compris, cette flûte mesure 2 mètres 46 de haut, c'est pourquoi le Monsieur en joue dehors car chez lui c'est bas de plafond. Vous pouvez voir que son tuyau est replié sur lui-même (partie haute), sinon elle mesurerait plus de 3 mètres

Si par hasard vous étiez intéressé par l'acquisition de l'une de ces flûtes (ce n'est pas donné, mais quand même moins cher que l'équivalent en flûte "traditionnelle"), il existe des modèles à la décoration relativement... audacieuse, voyez plutôt :



Pour nous remettre de nos émotions, terminons avec cette Chaconne des Africains de Lully, toujours avec Paul Leenhouts (dont je vous reparlerai sans doute un jour) et l'ensemble brésilien Quinta Essentia Recorder Quartet.

vendredi 29 juin 2018

Un brin de fantaisie...

En guise de petit clin d’œil à l'une de mes fidèles lectrices qui se reconnaîtra, je vais aujourd'hui m'intéresser aux Fantaisies de Monsieur Georg Philipp Telemann.

Telemann est l'un des plus célèbres compositeurs allemands de la période baroque. Il n'appartient pas à une famille de musiciens, mais commence à composer ses premiers morceaux dès l'âge de dix ans, souvent en secret et sur des instruments prêtés. À part un enseignement de clavecin de deux semaines, Telemann n'a jamais pris de cours de musique. Ses parents, surtout sa maman, n'étaient pas tellement d'accord pour ce genre de boulot qui à l'époque n'était pas très prestigieux. Maman Telemann va même jusqu'à lui confisquer ses instruments, ce qui ne décourage absolument pas ce petit coquin, qui apprend seul à jouer de divers instruments comme le violon, la flûte, la cithare, le clavecin, la flûte à bec, l'orgue, la viole de gambe, la flûte traversière, l'harmonica, le hautbois, le chalumeau, la contrebasse et le trombone (un intrus s'est sournoisement glissé dans cette liste, saurez-vous le retrouver ?).

Je passe pour le moment sur la suite de sa talentueuse carrière sinon on n'est pas couchés, en tous cas Telemann a réussi à vivre confortablement de son métier de musicien, contrairement à ce que lui avait prédit sa maman. Par exemple, il gagnait trois fois le salaire de Bach (Jean-Seb), qui avait été recruté comme maître de chant par la ville de Leipzig comme second choix suite au refus de Georg Philipp.


La Fantaisie

C'est une composition musicale instrumentale de forme très libre, dans laquelle l'imagination du compositeur prend le pas sur les règles d'une forme musicale donnée.

Le mot est apparu au milieu du XVIe siècle pour désigner un morceau virtuose utilisé en guise de prélude et improvisé, ou une pièce proche du ricercare. À la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, le terme désignait de nombreuses petites pièces pour clavier et de musique de chambre, nées en Italie puis propagées en Europe. En Angleterre, il a été associé à la musique destinée aux consorts (ensembles) de violes de gambe de compositeurs comme Byrd et Purcell, sous le nom de Fancy. Pendant les périodes baroque et classique, ce terme a souvent été appliqué à des préludes de style entièrement libre, puis a peu à peu disparu au cours du XIXe siècle. Néanmoins, certaines œuvres importantes intitulées Fantaisies ont été composées à cette époque, tirées de mélodies populaires ou d'œuvres d'autres compositeurs (eh eh, vous avez vu, je n'ai pas introduit de fantaisie dans ce paragraphe sur la Fantaisie).

Telemann a composé ces 12 Fantaisies pour la flûte traversière. Celles que l'on joue à la flûte à bec ne le sont donc pas dans leur tonalité d'origine. Il a aussi composé des fantaisies pour le violon, pour le clavecin et pour la viole de gambe (perdues).

Je n'ai pour ma part jamais joué de Fantaisie, bien que fortuitement propriétaire du recueil de partitions des 12 fantaisies pour flûte à bec alto transcrites par Jean-Claude Veilhan (la découverte de la musique est très fortuite chez moi). Comme j'en discutais ces jours-ci avec la fidèle lectrice sus-citée, je les trouve agressives dans les aigus et ce n'est pas une musique qui me parle. Mais peut-être qu'en les jouant, et en les découvrant ainsi de l'intérieur, je parviendrais à les apprivoiser. Ça vaudrait le coup d'essayer en tous cas (cet été ?), d'autant qu'il n'y a pas tant que ça de musique pour flûte à bec solo datant de cette époque à notre disposition.

Les 12 fantaisies pour flûte de Telemann sont donc chacune écrite dans une tonalité différente, et sont composées de plusieurs mouvements, comme des sonates.  Écoutons par exemple les trois mouvements de la Fantaisie n°10 en La mineur, magistralement interprétée par Frans Brüggen.

A tempo giusto


Presto

Moderato



Frans Brüggen

Ce virtuose néerlandais né en 1934 est à l'origine, au début des années 1960, de la redécouverte de la flûte à bec comme instrument à part entière et pas seulement comme un moyen pédagogique pour aborder la musique à l'école, comme c'était le cas depuis qu'elle était ressortie de l'oubli quasi total dans lequel elle était restée pendant plus d'un siècle (ce qui nous permet fort opportunément d'échapper au répertoire romantique). Frans Brüggen considère la flûte à bec comme l'instrument d'interprétation privilégié de la musique de la Renaissance et de la période baroque. Sur le cédé dont sont extraits les extraits ci-dessus (comment ça, mon style laisse à désirer ?), il utilise des reproductions de flûtes à bec de différents facteurs célèbres des XVIIe et XVIIIe siècles.

Voici pour la même Fantaisie un jeu très différent de celui de Brüggen par un flûtiste à bec sud-africain que je ne connaissais pas, Stefan Temmingh. Je suis très agréablement surprise, en particulier par ses aigus que je trouve du coup magnifiques 😍



Écoutons maintenant la Fantaisie n°9, cette fois à la flûte traversière en Mi majeur (elle est en Sol majeur à la flûte à bec) : Affetuoso, Allegro, Grave et Vivace.



Encore une Fantaisie n°9 de Telemann, mais cette fois pour le violon (ce n'est donc pas la même que la précédente). L'interprète - au violon baroque - est Rachel Podger, une violoniste dont je trouve le jeu brillantissime.



D'autres compositeurs de différentes époques se sont livrés à l'exercice de la Fantaisie, comme par exemple Franz Lizst avec sa Fantaisie sur des airs populaires hongrois, mais ne comptez pas sur moi pour vous la faire écouter (à quelques exceptions près, j'ai comme un blocage après Jean-Sébastien). Voici par contre pour finir cet article en beauté et en délicatesse, la Fantaisie en Do mineur pour luth de Silvius Leopold Weiss, luthiste, théorbiste et compositeur allemand né en 1687 et mort en 1750 (ouf on est pile dans les clous).

mercredi 27 juin 2018

El Llibre Vermell de Montserrat

Alors j'ai plein d'idées d'articles en stock, mais curieusement celle-là n'en faisait pas partie. 

Silke Gwendolyn Schulze
J'allais vous parler d'une flûtiste à bec allemande (ou suisse) (ou suisse-allemande, en fait je n'ai pas très bien compris) que j'ai récemment découverte grâce à l'acquisition fortuite de son cédé "The Medieval Piper" (oui, il m'arrive d'acquérir fortuitement des cédés en allant chez un marchand parisien bien connu qui vend du neuf et de l'occasion, et chez qui j'inspecte régulièrement le bac "musique ancienne d'occasion", ce qui permet de belles découvertes grâce à un prix modique) : Silke Gwendolyn Schulze, et j'ai plutôt eu envie d'un article sur le Livre Vermeil de Montserrat, ce qui n'est pas complètement incohérent puisque la dame en question interprète certaines pièces des Cantigas de Santa Maria, qui présentent des points communs avec le Llibre Vermell et qui feront sans doute l'objet d'un autre article.

J'ai découvert le Llibre Vermell à mes débuts de flûtiste, avec une petite pièce jouée à deux flûtes altos avec ma voisine : Stella Splendens. J'ai par la suite eu à plusieurs reprises l'occasion de jouer d'autres pièces de ce recueil, qui sont des incontournables du répertoire médiéval qui subsiste à ce jour.


Le Livre Vermeil de Montserrat est un recueil de manuscrits datant du XIVe siècle, retrouvé au Monastère de l'Abbaye Santa Maria de Montserrat en Catalogne espagnole. Entre autres documents (une partie a été détruite lors d'un incendie), il contient dix chants écrits en latin ou en catalan avec leur notation. Ces chants traditionnels remonteraient au XIe-XIIe siècles.

Le monastère était un lieu de pèlerinage au sanctuaire de la Vierge de Montserrat, et ces chants étaient proposés aux pélerins pour qu'ils puissent veiller en chantant et en dansant sans pour autant tomber dans le répertoire profane.

En recherchant une version flûte à bec de Stella Splendens, je découvre avec plaisir cet ensemble allemand de musique trad : Short Tailed Snails (les escargots à queue courte !) :

Cette musique basée sur des mélodies simples convient très bien à la flûte à bec. Écoutons maintenant un canon "double" composé de deux mélodies : Laudemus virginem et Splendens Ceptigera (que j'avais eu le bonheur de jouer à Perpignan lors d'un concert "Musica Mesclada", mélange de musiques médiévales et traditionnelles catalanes).


Impossible de remettre la main sur mon cédé de l'ensemble Obsidienne dont j'aurais aimé vous mettre quelques extraits. Si je le retrouve, ce que j'espère, je ferai quelques ajouts.

La flûte à bec n'intervient pas sur ce Mariam Matrem Virginem d'Hespérion XXI, mais il est vraiment splendide :



Pour finir, je viens de tomber par hasard sur une petite merveille, Le Livre Vermeil de Montserrat par Les Musiciens de Saint-Julien, concert donné à la cathédrale d'Elne en Roussillon le 19 juillet 2013. Quand je pense qu'en 2013, je connaissais et les Musiciens de Saint-Julien et le Livre Vermeil, que j'habitais à quelques kilomètres d'Elne et que je n'ai point eu vent de ce concert... j'en suis rétrospectivement fort dépitée 😐

dimanche 17 juin 2018

Merci !

Je tiens à tous vous remercier, chers visiteurs commentateurs et anonymes, car grâce à vous on peut maintenant trouver ce blog en tapant "blog flûte à bec" sur Gougueul, en page 3 ce qui est déjà très bien. Je pense qu'il ne manquera pas de remonter dans la liste grâce à vos bons offices 😍

Vous êtes : français, belges, canadiens, allemands, nord-américains (et de manière anecdotique et sans doute tout à fait fortuite : péruvien, norvégien, polonais et turc).

La musique de Barbe-Bleue (2)

Foin de conjectures à présent, intéressons-nous à la musique composée de façon certaine par Henry VIII

Henry a vécu entre la fin du XVe et le début du XVIe siècles, c'est à dire à cheval (au sens propre aussi, d'ailleurs) entre le Moyen-Âge et la Renaissance, et donc entre idéaux de chevalerie et d'humanisme, la musique étant un lien parfait entre les deux, de l'amour courtois aux humanités.

Peu après sa mort, vers le milieu du XVIe siècle, la majeure partie des partitions de la musique instrumentale anglaise, conservée dans des manuscrits collectifs avec la musique vocale catholique désormais interdite, fut détruite. Il ne nous en reste donc que très peu, mais en particulier le "Manuscrit d'Henry VIII", conservé à la British Library de Londres, ainsi que l'inventaire de son immense collection d'instruments (76 flûtes à bec !). On y trouve 33 des 34 œuvres attribuées à Henry VIII, ainsi que des pièces anonymes ou de compositeurs hollandais, français et anglais.

Fervent musicien lui-même dans ses années de jeunesse, Henry eut par la suite pas mal de soucis à gérer du fait de son job, mais il conserva cependant toujours son intérêt pour la musique et en particulier pour la flûte à bec.

Imaginons-nous pour un instant à la cour d'Henry en oyant ces quelques courtes pièces à l'ambiance très évocatrice.

Consort XIII


If love now reynyd :


Ces enregistrements ainsi que le suivant sont extraits du cédé "Pastyme with Good Companye, Music at the court of Henry VIII" de l'ensemble Dreiklang Berlin, qui fait partie de mes cédés préférés.

Pour finir, un autre tube, paroles et musique d'Henry, composé peu après son couronnement : "Pastyme with Good Companye", ou "The King's Ballad", revisité jusqu'à nos jours bien que dans une moindre mesure que Greensleeves, et qui donne son nom au cédé.



Une version vocale :


Pour passer le temps,
Chasser, chanter, danser ;
Mon cœur est ouvert ,
Pour mon agrément,
Aux meilleurs divertissements ;
Qui me l’autorisera ?

La jeunesse doit quelque peu badiner,
Avoir du bien et du mal de l’expérience ;
Rien de meilleur dès lors que la compagnie,
Pour dissiper toute pensée, toute fantaisie,
Car la paresse de tout vice
Est la mère
Qui peut donc prétendre
Que rire et plaisir
Valent plus que tout ?

La compagnie en toute honnêteté est vertu,
Tout vice appellera refus ;
La compagnie est bonne et mauvaise chose à la fois,
Mais tout homme en a le libre choix,
Poursuivre le meilleur,
Fuir le pire,
Tel sera mon dessein ;
Cultiver la vertu,
Refuser le vice,
Ainsi me comporterai-je.

Et enfin une version (presque) contemporaine (contemporaine de Léone, en tous cas), celle de Jethro Tull, groupe de rock des années 60, qui sonne un peu folk et qui est je trouve, une belle réinterprétation :


samedi 9 juin 2018

Chut la flûte...

Quand on a une vie professionnelle et familiale déjà bien remplie, il est parfois difficile de travailler son instrument dans des créneaux horaires où ça ne dérange pas les voisins, ni sa propre famille d'ailleurs. Tout le monde ne dispose pas d'un salon de musique parfaitement isolé, ni d'un cabanon au fond du jardin, voire d'un souterrain. 
Je ne dis pas ça par hasard : lorsque que je m'étais mise - brièvement - au hautbois, j'habitais un mas à flanc de coteau muni d'un bout de souterrain muré et j'allais y jouer pour éviter de faire hurler à la mort mon chien et celui des voisins. J'ai quand même moins de problèmes avec la flûte à bec, en tous cas concernant le chien (tout au moins jusqu'au mi aigu - pour le fa et le sol aigus, c'est une autre affaire mais ça ne va pas jusqu'au hurlement, à peine un regard en coin réprobateur).

Donc, si comme de nombreux flûtistes à bec, vous disposez d'un logement avec des gens dedans, au-dessus, en dessous ou à côté, vous risquez parfois de passer une semaine entière sans pouvoir travailler vos morceaux et là, arrivé le jour de votre cours, c'est la cata.

Il y a bien sûr la possibilité de jouer en muet pour s'exercer les doigts : on pose la flûte au bord des lèvres (pour la tenir), mais on ne souffle pas. C'est très utile, mais trop restrictif par rapport au jeu réel. Il y a une meilleure solution : le petit bout de papier.


On découpe un petit morceau de papier de la largeur du biseau et on l'introduit dedans. Une simple épaisseur suffit, et d'ailleurs c'est mieux car ça ne bloque pas complètement le souffle (sinon on s'étouffe), seulement le son mais on arrive encore à distinguer les notes - ce qui est encore mieux que de jouer en muet. On peut jouer presque normalement, évidemment sans travailler le son mais pour ça, il aurait fallu s'y prendre avant 22 heures.

La musique de Barbe-Bleue (1)

Après les Folies d'Espagne que nous avons assez entendues, intéressons-nous aujourd'hui à un autre tube intemporel : Greensleeves.
Rafraîchissons-nous tout d'abord un peu la mémoire grâce à l'interprétation que nous en fait l'ensemble Dreiklang Berlin :


Henri VIII jeune
La paternité de ce thème archi-connu est attribuée de façon incertaine à un personnage assez... paradoxal : Henry VIII d'Angleterre, le roi aux six femmes dont deux ont été décapitées sur son ordre (Anne Boleyn et Catherine Howard), deux ont été répudiées (Catherine d'Aragon et Anne de Clèves) et deux sont mortes en couches (Jeanne Seymour et Catherine Parr, mais pour cette dernière il n'y est probablement pour rien, étant déjà mort lui-même depuis un an).
C'est Henry VIII (1491 - 1547) qui aurait inspiré le personnage de Barbe-Bleue à Charles Perrault.

Notre ami, cruel et jaloux, avait donc une fâcheuse tendance à faire décapiter les gens, mais il avait néanmoins des aspects plus sympathiques. N'étant pas au départ censé régner car il avait un frère aîné (Arthur, mais il est mort), il était destiné à l'Église (catholique, à l'époque - ce n'est que plus tard que Henry fera basculer l'Angleterre vers l'anglicanisme, c'est la faute au pape qui lui a refusé le divorce avec Catherine d'Aragon) et c'est pourquoi il reçut une éducation musicale.

Anne Boleyn
Lorsqu'il monta sur le trône en 1509, la musique prit une place très importante à la cour. Vers 1547, Henry VIII y avait rassemblé environ cinquante-huit musiciens.  Il éprouvait lui-même beaucoup de plaisir à chanter et à jouer de la musique, il jouait de l'orgue, du luth et de l'épinette (comme quoi, personne n'est complètement mauvais). Trente-quatre de ses compositions sont parvenues jusqu'à nous.
C'est donc peut-être lui qui aurait composé Greensleeves en l'honneur d'Anne Boleyn (qui serait donc cette "Dame aux manches vertes" ?), mais on n'en a pas la preuve.


Écoutons une autre version, à la flûte à bec toujours, mais très différente de la précédente (dans un style moins Renaissance). L'interprète ne nous est pas inconnu puisqu'il s'agit de Hans-Martin Linde.



Retrouvons Jordi Savall à la viole de gambe, avec un ground (= basse obstinée ou ostinato)  au théorbe :


Il y a des tonnes de versions instrumentales et également vocales, comme celles de Marianne Faithfull, Loreena Mc Kennitt, Alfred Deller, ou Patricia Petibon.

Pour en finir avec Greensleeves (on pourrait y passer des heures), j'ajouterai que ce thème a été mis à pas mal de sauces et utilisé par pas mal de monde, en particulier... l'aviez-vous reconnu ?


Notre bon roi Henry a aussi composé (de façon certaine cette fois) d'autres jolies musiques, dont je vous parlerai dans un prochain épisode.

(pour les paroles de Greensleeves, c'est - entre autres - ici)

vendredi 8 juin 2018

Mon séchoir à flûtes

Comme tous les musiciens à vent, le flûtiste à bec bave dans son instrument. Le problème, c'est que dans une flûte à bec ça ne coule pas (ce qui évite de marcher dans les flaques en quittant l'orchestre comme avec les cuivres), ça pénètre le bois qu'il faut donc faire sécher car sinon il s'abîme et peut même moisir (j'ai testé pour vous). Il faut donc après usage essuyer scrupuleusement l'intérieur de la chose, mais ça ne suffit pas : il faut finir de faire sécher à l'air avant de ranger.

Support pliable Boudreau

Il est assez facile de fabriquer soi-même un support en bois, et il en existe même des tout faits dans le commerce, parfois même pliables pour le transport (ça peut être pratique en concert si on utilise plusieurs flûtes), par contre ce n'est pas donné.



J'utilise pour ma part un sèche-biberons trouvé il y a des années sur un vide-grenier pour même pas un euro. Il est moche, mais j'évite juste de le mettre en exposition dans mon salon.


En plus de ne pas m'avoir coûté cher, il est démontable et on peut changer les tiges de place, voire même en rajouter si ça ne suffit pas (j'utilise des baguettes chinoises, ça rentre pile dans les trous).

Par contre ça va bien pour les tailles soprano-alto, mais le jour où je ferai l'acquisition d'une ténor et/ou d'une basse en bois, il faudra que j'upgrade mon équipement 😉

mercredi 30 mai 2018

Une dernière dose de Folie...

Après je vous laisse tranquilles avec ça, mais pour changer un peu (et bien que m'éloignant de mon sujet), je me suis mise en quête de versions "alternatives" de la chose. Je pensais trouver pléthore de vidéos délirantes impliquant toutes sortes d'instruments plus inattendus les uns que les autres, eh bien non ! N'étant cependant pas revenue complètement bredouille, je vous livre le résultat de mes recherches. On s'accroche, ça peut être... violent 😵

Commençons donc par le saxophone. L'association saxo / viole de gambe / théorbe / guitare peut surprendre, mais le résultat ne manque pas d'intérêt :



Pour les puristes, une version 100% sax :



Après cette petite mise en ouïe, attaquons directement la version mandoline(s)(ss)(ssssssssss). Attention, ça peut être assez violent par moments. Ce n'est pas grave si vous ne tenez pas les treize minutes, mais en tous cas ça a l'air très joli, la Macédoine.



J'ai hésité à vous épargner la version à la flûte de Pan, mais quand même rien que par curiosité, ça peut valoir le détour :



(Ah, il y a aussi une version violon / harpe / pinceau - pour écouter le dentiste, c'est par là : A Dentist Played Corelli La Folia part I (en fait la calligraphie est peut-être très belle et très poétique, mais cela restera un mystère pour moi...)


Une version à la nickelharpa (et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas du tout la seule) :



À la guitare basse, pas si mal je trouve (bon, ça demande quand même quelques secondes pour se faire l'oreille) :



Et la meilleure pour la fin (parfois, trois petites minutes peuvent paraître trèèèès longues…) (on note cependant un réel effort au niveau du décor) :



C'est fini ! Ça vous a plu ?

dimanche 27 mai 2018

Jean-Baptiste Loeillet de Gand

Errant de vidéo en vidéo sur un célèbre site de ... vidéos, je suis tombée par hasard (mais... le hasard existe-t-il ? c'est une piste sur laquelle je ne me lancerai ni ici, ni maintenant) sur une sonate qui m'a rappelé bien des souvenirs : la sonate n°1 pour deux flûtes à bec altos de Jean-Baptiste Loeillet de Gand (1688-1720) (à ne pas confondre avec Jean-Baptiste Loeillet de Londres (1680-1730), plus connu, lui aussi originaire de Gand, cousin de l'autre et renommé John Loeillet of London, ce qui nous rend bien service - et qui avait lui-même également tendance à être confondu avec Jean-Baptiste Lully à cause de la prononciation anglaise de son nom).

Jean-Baptiste Lœillet de Gand entra au service de l'archevêque de Lyon, où il demeura jusqu'à sa mort. Il a écrit environ quarante-huit sonates pour flûte à bec et continuo dans le style de Corelli. Et c'est à peu près tout ce qu'on sait de ce compositeur. Je voulais d'ailleurs mettre ici son portrait, mais le seul que j'aie trouvé me rappelait furieusement quelqu'un... ça a fini par me revenir, j'éviterai donc d'illustrer cet article avec le portrait de Jean-Baptiste Lully 😎

J'ai énormément joué cette sonate avec ma voisine quand j'habitais dans le sud de la France. Les deux parties se répondent sans cesse, c'est un vrai régal.



Je pense qu'à la base elle a plutôt été composée pour flûte à bec et continuo.
Je vais céder à mon penchant pervers pour la recherche de versions multiples (ce qui dans le cas présent ne devrait pas prendre des proportions trop inquiétantes) et vous faire écouter mes diverses trouvailles.


Une version pour flûte à bec, clavecin et violoncelle :

Largo

Allegro

Gigue



Et la petite dernière (je vous avais promis que ce ne serait pas long), une version flûte traversière et guitare que je trouve pas mal du tout :

vendredi 25 mai 2018

Petit voyage en Médiévalie

Le Palais des Rois de Majorque
J’ai découvert Pierre Hamon lors d’un concert "Méditerranée" au Palais des Rois de Majorque à Perpignan, dans le cadre du Festival de la Voix 2011.

J’ai eu par la suite l’occasion de le revoir et le réentendre à plusieurs reprises, à l’occasion d’une master-class au conservatoire de Perpignan accompagnée d’un concert dans le cadre du Festival de Musiques Sacrées... je ne sais plus en quelle année, et encore au Musée de Cluny à Paris (musée du Moyen-Âge) qui organise des concerts-rencontres en association avec le Centre de Musique Médiévale de Paris, petits concerts où l’on est proche des musiciens qui fournissent moult explications sur leur musique et leurs instruments, et à qui l’on peut poser des questions.

Pierre Hamon, flûtiste, est membre et cofondateur de l'ensemble Alla francesca dont il assure aujourd'hui la direction musicale conjointement avec Brigitte Lesne.
Son instrumentarium est constitué de flûtes médiévales, renaissances, baroques et comporte aussi de très nombreux instruments parfois atypiques issus des univers traditionnels : flûtes à bec ou traversières, simples ou doubles, flûtes de Pan (notamment le frestel médiéval), ocarinas, cornemuses, flûtes à trois trous et tambour...
Pierre s'est passionné tout jeune pour les répertoires les plus anciens tout en poursuivant des études de mathématiques et physiques avant de décider de s'orienter exclusivement vers la musique. Il est aujourd'hui professeur titulaire au Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse de Lyon. Simultanément à son travail avec Alla francesca, il poursuit aussi de nombreux autres projets, notamment en récital solo (mêlant le Moyen Âge aux musiques traditionnelles, la création contemporaine à l'improvisation), autour de l'œuvre de Machaut, et régulièrement dans des productions avec Jordi Savall ou d'autres musiciens venant des musiques traditionnelles ou improvisées. (http://cmm-paris.fr/fr/production-artistique/ensembles-et-artistes/pierre-hamon)

Je vais me limiter aujourd’hui au répertoire médiéval, j’aime moins ses créations contemporaines. Comme indiqué ci-dessus, il intervient souvent sur les cédés de Jordi Savall dans des répertoires très variés, mais nous aurons sans doute d’autres occasions d’en parler (étant donné que j’ai une certaine addiction pour les cédés de Jordi Savall).

Tout d’abord une interprétation à la flûte à bec (puisque c’est quand même l’objet de ce blog), d’un morceau traditionnel breton : Al Leanezig Izabel (*).



Ensuite une pièce ultra-connue de Guillaume de Machaut, Douce Dame Jolie (*), interprétée ici à la flûte 3 trous. Cette pièce est très facile à jouer à la flûte à bec (avis aux amateurs).



Comme la flûte n’a que 3 trous, une main suffit pour en jouer et on peut de l’autre se faire ses propres percus à l’aide d’un petit tambour que l’on porte accroché à la main qui joue, en tous cas c’est comme ça que fait Pierre Hamon, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo.

Pierre Hamon joue de plusieurs autres types de flûtes, par exemple le frestel, une flûte de Pan médiévale :



Il joue aussi de la flûte double, qui tire son origine lointaine de l'aulos des grecs (qui par contre était un instrument à anche)Pierre Hamon explique qu'il ne s'agit pas au Moyen Âge d'un instrument polyphonique à proprement parler, mais que la mélodie se déplace d'une flûte à l'autre. Vous pouvez l’entendre ici dans Ghaetta (*), une estampie (je ne développe pas sur les estampies qui feront l’objet d’un prochain article) :



Vous pouvez voir la flûte double sur cette vidéo, tournée justement à Cluny mais dont le son est cracra.

Le répertoire de Pierre Hamon comporte des chants séfarades, issus de la tradition musicale des juifs expulsés d'Espagne en 1492. Cette tradition est restée vivante jusqu'à nos jours, ce qui nous permet de l'entendre encore malgré l'absence de traces écrites. Ici la flûte est un bansurî (flûte traversière indienne classique). La pièce s’appelle Las Estrellas de Los Cielos (*).



Vous pouvez voir Pierre Hamon jouer du bansurî sur cette vidéo, toujours à Cluny. Il joue encore sur d’autres flûtes comme l’ocarina ou la kuisi femelle.



Les pièces marquées d’une (*) sont issues du cédé « Hypnos ».